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 Les communistes et l'oppression des femmes

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Pascal
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Number of posts : 225
Localisation : France
Organisation : UL CNT Besançon
Registration date : 2006-08-20

PostSubject: Les communistes et l'oppression des femmes   Mon Oct 16, 2006 1:30 pm

« Parmi nos camarades, il y en a encore beaucoup dont on peut dire malheureusement : "grattez un peu le communiste et vous trouverez le philistin". Certes, il faut gratter à l'endroit sensible : sa mentalité à l'égard de la femme. »
Lénine

Les communistes et la lutte contre l’oppression des femmes

Au 19ème siècle déjà, Engels disait que l’on mesure le progrès de l’humanité au degré de liberté des femmes. Et si, à ses origines, le mouvement ouvrier a connu des réflexes chauvinistes mâles, en particulier avec Proudhon, très vite des militantes et militants révolutionnaires socialistes comme Flora Tristan, Eugène Varlin, Louise Michèle, Clara Zetkin, Bebel ou Alexandra Kollontaï ont lié émancipation de la classe ouvrière et libération des femmes. En cela, la lutte contre l’oppression des femmes devrait être, au même titre que le combat contre le racisme, un axe fondamental de l’action des communistes et au-delà des militant(e)s se réclamant de la classe ouvrière. En effet, en militant pour la révolution prolétarienne, nous visons à l’émancipation de l’humanité. Bien sûr, la contre-révolution stalinienne en URSS et son poids sur l’ensemble du mouvement ouvrier mondial, a contribué, pendant des décennies, à diffuser un « socialisme » frelaté au sein du monde du travail, tournant le dos à nos idéaux communistes pour se complaire dans les préjugés chauvins, sexistes ou homophobes. Ainsi, si la Révolution d’Octobre 1917 a apporté d’énormes avancées concernant les droits des femmes (dépénalisation de l’homosexualité, droit à l’avortement, proclamation de l’égalité entre hommes et femmes sur tous les aspects législatifs, suppression de la notion de foyer conjugal, aide aux filles-mères, multiplication de crèches et de cantines collectives pour libérer les femmes des tâches ménagères…)[1], le stalinisme est, comme sur beaucoup d’autres points, revenu sur ces conquêtes, rétablissant l’ordre moral bourgeois (c’est ainsi qu’en 1936 l’homosexualité et l’avortement sont à nouveau pénalisés en URSS). Cette contre-révolution stalinienne a bien entendu étouffé dans de nombreux pays les revendications féministes au sein du mouvement ouvrier, comme en France où le PCF (qui jusqu’en 1935 revendiquait le droit à l’avortement et à la contraception[2]) déclarait par la voie de Jeannette Vermeersch en 1956 que la contraception serait « une manœuvre rétrograde du capitalisme pour diminuer la combativité des masses ouvrières ». Si à partir de 1944 (droit de vote pour les femmes en France), la législation évolue peu à peu en faveur de l’égalité entre les sexes, il faudra attendre le mouvement féministe des années 70 et en particulier les grandes luttes pour le droit à l’avortement, pour que la question de l’émancipation des femmes retrouve une véritable place dans le mouvement ouvrier.

Ce petit rappel historique n’est pas inutile : tout d’abord, après des décennies de main mise stalinienne sur le mouvement ouvrier, il est nécessaire pour nous communistes de nous réapproprier notre histoire, de redécouvrir ce que pu (et doit) être la force et la richesse de notre classe dans notre combat contre l’oppression. Et cela d’autant plus que le stalinisme, née de la dégénérescence bureaucratique d’une révolution ouvrière et véritable cancer au sein du mouvement ouvrier, a laissé des séquelles, et ce y compris au sein d’organisations se réclamant de l’opposition anti-stalinienne. Aussi, pour nous, communistes du 21ème siècle, en nous réappropriant les acquis théoriques du marxisme, nous pouvons affirmer que l’émancipation des femmes est pour nous une tâche prioritaire indissociable de notre lutte pour la libération de l’humanité.

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Socialism is the movement to restore human being's conscious will.

Mansoor Hekmat
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Pascal
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PostSubject: Re: Les communistes et l'oppression des femmes   Mon Oct 16, 2006 1:33 pm

Les revendications féministes sont-elles encore d’actualité ?

En France aujourd’hui, la législation reconnaît, pour les femmes de nationalité française, une égalité formelle devant la loi. Cette égalité ne vient pas de soi et a été l’enjeu de luttes.

Quelques dates montrent à quel point cette égalité formelle est récente :

1944 : Une ordonnance d'Alger accorde aux femmes le droit de vote et le droit d'éligibilité. Les femmes sont admises dans les jurys d'assises.

1959 : L'école des ponts et chaussée s'ouvre aux filles.

1965 : Réforme du régime matrimonial de 1804 : la femme peut gérer ses biens, ouvrir un compte en banque, exercer une profession sans l'autorisation de son mari.

1963 : Les femmes obtiennent le droit de devenir marin-pêcheur.

1965 : L'enseignement technique est ouvert aux filles.

1967 : Adoption de la loi Neuwirth, la pilule est légalisée.

1970 : La mère devient l'égale du père en matière d'autorité parentale.

1972 : Loi rendant obligatoire l'égalité des salaires entre les hommes et les femmes pour un même travail.

1974 : Loi dépénalisant l’avortement sous certaines conditions.

1976 : Les femmes peuvent devenir pompiers.

1980 : le viol devient un crime (il était avant un simple délit).

1982 : L’homosexualité est dépénalisée.

1983 : Loi Roudy, qui interdit toute discrimination professionnelle en raison du sexe.

1990 : Arrêt de la Cour de cassation condamnant le viol entre époux.

2006 (!!) : L’âge légal du mariage est porté à 18 ans pour les filles (comme pour les garçons).

Tant pour ce qui est de l’égalité formelle en droit que pour le droit formel à disposer de son propre corps, ces quelques dates montrent qu’il s’agit d’un phénomène très récent… jusqu’en 2006 (pour ce qui est de l’âge du mariage), la législation reconnaissait une inégalité entre hommes et femmes, et encore, n’étant pas juriste, il est fort possible que d’autres inégalités se nichent dans la législation française. Cela montre bien et il faut le garder à l’esprit que l’égalité entre les sexes n’est en rien un « trait culturel occidental » ! Dans plusieurs pays européens d’ailleurs, le libre accès à la maternité n’est toujours pas reconnu (Allemagne, Pologne, Portugal, Irlande…). De même, pour la France, cette égalité juridique n’est assurée que pour les femmes de nationalité française, les femmes étrangères ou même bi-nationales restant soumises dans de nombreux cas au code du statut personnel de leur pays d’origine. A noter également que la France ne reconnaît toujours pas le droit d’asile pour les femmes victimes de « traitements inhumains ou dégradants » parce que nées femmes.

De plus, cette égalité formelle est loin de signifier une égalité réelle !

On a vu que la première loi instaurant le principe « à travail égal, salaire égal » entre hommes et femmes date de… 1972. Pourtant, 33 ans plus tard, en 2006, les femmes touchent toujours en moyenne 20% de moins que les hommes en France, à tel point qu’à la fin de l’hiver dernier, le parlement a adopté une nouvelle loi sur l’égalité salariale, loi qui accorde un délai de cinq ans aux employeurs pour atteindre l’égalité de salaire entre hommes et femmes, et qui ne prévoit aucune mesure contraignante à l’égard des patrons... Bref, encore une loi purement formelle dont l’application ne dépend que du bon vouloir des patrons ! Et cela montre à quel point, dans les entreprises, il reste nécessaire de se battre et de créer un rapport de force pour l’obtention de l’égalité salariale.

Et au-delà de l’aspect juridique, quelques chiffres rappellent que dans toutes les classes sociales, les femmes continuent, ici, en France, à souffrir de l’oppression sexiste :

- Une femme sur 10 en France déclare être victime de violences conjugales en France et une femme sur cinq a été victime de la violence de son compagnon au moins une fois dans sa vie dans l’Union Européenne (enquête de 1999).

- En 2005, sur la base d’une enquête d’une enquête menée sur deux années (2003 et 2004) pour le compte du ministère de la Cohésion sociale et publiée le 23 novembre, on apprenait qu’une femme meurt assassinée tous les quatre jours par son compagnon en France. Ce chiffre se base sur les chiffres de la police et de la gendarmerie collectés dans le cadre de « morts violentes survenues au sein du couple », chiffres qui ne comptabilisent ni les faits non-élucidés, ni les disparitions, ni les suicides de femmes victimes de violences. Or, selon le Figaro du 3 octobre 2006, le rapport 2006 de l'Observatoire national de la délinquance (OND) annonce qu'une femme meurt de violence conjugale une tous les deux jours. Et pour rester dans les chiffres de l’horreur en France, En 2004, pas moins de 34.848 violences non mortelles ont été commises sur les femmes par leur conjoint ou ex-conjoint, soit une hausse de 13,6% par rapport à 2002, révèle le rapport de cet observatoire, fondé sur les données fournies par les services de gendarmerie et de la police nationale. Quant aux meurtres et aux viols commis sur concubines, ils ont respectivement augmenté de 13% et de 35,2% en trois ans (de 2002 à 2004).

- Selon les chiffres de l’an 2000, 25.000 femmes sont victimes de viol chaque année en France, dont 8.000 seulement sont recensés officiellement. Dans 74% des cas, la femme connaît son agresseur.

- Selon l'Office central pour la Répression du trafic des êtres humains (l'OCRTEH), il y à 15.000 à 18.000 personnes soumises à la prostitution en France… dont 63% sont étrangères et plus de 33% originaires des pays de l’Est. On estime à 500.000 le nombre de femmes et filles d’Europe de l’Est forcées à la prostitution en Europe.

- Selon le Haut Conseil à l'intégration 70.000 jeunes filles vivant en France seraient susceptibles d'être victimes de mariages forcés, plusieurs associations et organisations considèrent que ce chiffre est sous-estimé.

- On estime qu'au moins 30.000 femmes et fillettes excisées vivent actuellement en France. Différentes organisations avancent le chiffre de 10.000 à 20.000 petites filles originaires d'Afrique, exposées au risque d'excision.

Et comme nous sommes internationalistes, quelques chiffres à l’échelle mondiale sont à rappeler (chiffres de l’an 2000) :

- Dans le monde entier, 130.000.000 de fillettes et de jeunes femmes ont subi la Mutilation Génitale Féminine (MGF).

- A l'échelle de la planète, au moins 1/3 des femmes ont été battues, contraintes à des rapports sexuels ou maltraitées de quelque autre manière, la plus souvent par une personne de sa connaissance (mari, membre masculin de la famille). Près de 50% des femmes dans le monde ont été battues ou maltraitées physiquement à un certain moment de leur vie par leur partenaire. Une femme sur quatre est maltraitée durant la grossesse.

- Pas moins de 5 000 femmes et filles sont victimes, chaque année, des " crimes d'honneur, souvent pour le "déshonneur" d'avoir été violées, dont 1.000 pour le seul Pakistan. Ce chiffre s’élève à 275 pour les 6 premiers mois de 2006 au Kurdistan iraquien, et à 185 depuis le début de l'année en Afghanistan.

- On évalue à 4.000.000 par an, dans le monde entier, le nombre de femmes et de fillettes achetées et vendues à un mari, un proxénète ou un marchand d'esclaves.

- Au moins 60.000.000 de filles meurent chaque année du fait d'avortements, d'infanticides ou d'absence de soins en raison de leur sexe.

- 2.000.000 de fillettes âgées de 5 à 15 ans sont livrées chaque année à la prostitution.

- Aux Etats-Unis, une femme est battue toutes les 15 secondes par son partenaire.

- En Asie, on estime à 90 millions le nombre de filles manquantes suite à des avortements sélectifs, des infanticides ou par manque de soin (chiffres tirés du Monde Diplomatique, juillet 2006).

Ce ne sont là que quelques chiffres sur quelques-unes unes des formes les plus atroces et les plus barbares de l’oppression des femmes, chiffres qui, comme toutes les statistiques, ne permettent pas de donner un véritable aperçu de la réalité ! Dernier chacun de ces chiffres effrayants, c’est l’histoire individuelle tragique de milliards de femmes, de milliards d’êtres humains soumis à la torture, à la violence, au viol, condamnées à mort, humiliés, bafoués au plus profond de leurs êtres, niés en tant qu’êtres humains ! Et il n’est question, là, que des formes les plus horribles de l’oppression des femmes, on pourrait ajouter, noircir des pages et des pages, sur ce sujet, ajouter les inégalités en ce qui concerne les droits sociaux par exemple ! Non, une encyclopédie en 20 volumes ne suffirait pas pour exprimer tout ce que subissent les 51% de la population mondiale uniquement parce qu’elles sont nées femmes ! Et si les formes de la violence peuvent être différentes, on remarque bien que la violence et l’oppression dont sont victimes les femmes est bien un phénomène universel, touchant toutes les cultures et tous les continents.

Si dans de nombreux pays, les législations en vigueur écrivent noir sur blanc l’inégalité de genres, si un véritable apartheid sexiste est imposé aux femmes dans de nombreuses parties du monde, les chiffres de la violence conjugale en France et du nombre de femmes assassinées dans des crimes sexistes, montre bien que la lutte féministe, universelle, est toujours d’actualité, y compris dans les métropoles impérialistes.

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PostSubject: Re: Les communistes et l'oppression des femmes   Mon Oct 16, 2006 1:39 pm

L’extrême-gauche et la lutte pour l’émancipation des femmes.

Aujourd’hui, aucune organisation se réclamant de la classe ouvrière ne reprendrait les discours réactionnaires que pouvaient tenir le PCF dans les années 50 sur le droit des femmes à contrôler leur maternité. A part peut-être quelques groupuscules marginaux, l’ensemble des organisations se réclamant du mouvement ouvrier, des plus réformistes ou plus radicales, se déclarent féministes ou, au moins, opposées à l’oppression des femmes. Et pour nous, communistes, effectivement l’égalité entre tous les êtres humains, quel que soit leur lieu de naissance, leur sexe, leur couleur de peau ou leur culture, est un principe de base, principe qui devrait nous amener à combattre le sexisme avec la même virulence et la même hargne que le racisme. Les chiffres, tant en France qu’à l’échelle mondiale, montrent d’ailleurs que le sexisme assassine dans des proportions incroyablement plus élevées que le racisme. Une femme assassinée dans un crime sexiste tous les deux jours en France ! Voilà la réalité de cette oppression !

Le 25 novembre 2005, mon organisation syndicale, l’Union Locale CNT de Besançon, avait décidé de participer aux actions prévues localement dans le cadre de la journée mondiale contre les violences faites aux femmes. Seule organisation se réclamant de la classe ouvrière présente en tant que telle, notre participation à ce rassemblement avait intrigué les journalistes : pourquoi une organisation syndicale était-elle là, question qui n’est, pourtant, jamais posée lorsque des organisations ouvrières défilent contre le racisme. Cette anecdote montre bien que, même si le sexisme, tout comme le racisme, discrimine un être humain à cause de sa naissance, que le sexisme fait même plus de victimes que le racisme, la lutte contre le sexisme reste considéré comme « moins logique » que le combat anti-raciste.

Oh ! Bien sûr, nombreuses sont les organisations qui, pour une manifestation nationale, vont proclamer leur féminisme. La quasi-totalité des organisations d’extrême-gauche n’hésitent pas non plus à défiler pour le défendre le droit à l’avortement, ressortant pour l’occasion le célèbre slogan « Mon corps m’appartient ». Et généralement, pas un militant d’extrême-gauche n’affirmera que la lutte des femmes est un terrain secondaire, tous proclament, si on les interroge, leur anti-sexisme ou leur féminisme. Et pourtant, derrière cette façade féministe, il suffit parfois de gratter un peu pour voir que décidément, non, la lutte contre le sexisme n’est pas mise sur le même plan que la lutte contre le racisme. Ainsi, lorsque, victime comme tant d’autres de la violence conjugale, Marie Trintignant meurt sous les coups de son compagnon, on trouve, y compris dans les milieux gauchistes, des gens pour pleurer sur le sort de Bertrand Cantat, pour lui trouver des excuses, et même pour le trouver si romantique !! Mais c’est sur le terrain international que l’on voit encore plus clairement, non pas dans de simples discussions, mais dans les textes mêmes de certaines organisations d’extrême-gauche que finalement la lutte contre le sexisme est loin d’être prioritaire. Lorsque les troupes françaises intervenaient avec violence en Côte d’Ivoire, la plupart des organisations qui se disent révolutionnaires ont, à juste titre, pris soin de se démarquer du régime raciste et de dénoncer Gbagbo. Aucun groupe, parmi ceux qui ont un minimum d’influence, n’a rédigé un communiqué ou un tract qui aurait affirmé sa solidarité totale avec la « résistance » des Jeunes Patriotes. Au contraire même, puisque, pour bien se démarquer de Gbagbo, la LCR et Alternative Libertaire ont, par exemple, appelé au « remplacement des troupes françaises par les troupes de l’Union Africaine », ce qui est du réformisme le plus plat. A Paris, craignant d’être amalgamé avec les partisans de Gbagbo, le Groupe Afrique de la CNT avait refusé de participer au rassemblement pour le retrait des troupes françaises appelé par Lutte Ouvrière, la LCR et Alternative Libertaire. De la même façon, lors des bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie, tous les principaux groupes d’extrême-gauche ont tenu à se démarquer de Milosevic tout en dénonçant l’agression impérialiste (et encore, certains ont eu du mal à avoir une position claire sur la question).

Bizarrement, les réticences à se retrouver dans une même manifestation que des Jeunes Patriotes ivoiriens ou des nationalistes serbes n’apparaissent quasiment jamais lorsqu’il s’agit de manifester aux côtés d’islamistes, comme par exemple des supporters du Hezbollah. Si le choix tactique de la participation ou non à une manifestation reste une question ponctuelle, on remarque que, dans les communiqués, les tracts et autres articles, très peu d’organisations d’extrême-gauche occidentales se sont, cet été par exemple, démarqué du Hezbollah. Pire même, la plupart des mouvements gauchistes ont pris fait et cause pour la « résistance », sans la moindre critique sur ce mouvement réactionnaire religieux. Pourtant, le groupe libanais « Alternative Communiste Libertaire » indiquait dès le 17 juillet 2006 dans un communiqué « on ne peut pas vivre dans les quartiers du Hezbollah. Dans les villages où il est prépondérant, il est conseillé de baisser le son de la musique et ne pas mettre les chansons qui font danser le ventre. D’un parti de résistance et de sacrifice, le « Parti de Dieu » est devenu un parti insupportable : femmes obligées plus ou moins de s’habiller en noir foncé (…) ». Peu aussi ont rappelé le lien entre le Hezbollah et le régime des mollahs en Iran, régime où l’apartheid sexiste est inscrit dans la constitution, et d’ailleurs, il semble, dans certains milieux gauchistes, de plus en plus difficile de combattre le pouvoir théocratique de Téhéran. Ce phénomène risque malheureusement de se développer, surtout depuis que Chavez, l’icône des petits-bourgeois alter-mondialistes, a publiquement embrassé Ahmadinejab. Comme le dit Jennifer Fasulo, « De tels moments ne font que monter combien comptent peu les vies des femmes dans le monde des politiques nationalistes. »[3]. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, une bonne partie de l’extrême-gauche occidentale court derrière les nationalistes petits-bourgeois du tiers-monde, les vieux courants nationalistes étant remplacés par des islamistes, cette même extrême-gauche opportuniste applaudit le Hezbollah, le Hamas ou l’Armée d’Al-Sadr, et demain finira peut-être par trouver un caractère « progressiste » au régime des mollahs iraniens. Bien sûr, pour analyser cette complaisance vis-à-vis des islamistes par « anti-impérialisme », il faudrait prendre en compte de nombreuses tares qui restent vivaces dans les organisations révolutionnaires : fascination pour les « luttes de libération nationale », confusion idéologique[4], séquelles –y compris chez ceux qui se réclament de l’opposition de gauche- du stalinisme[5], etc. Cependant, le fait que des gauchistes affirment leur soutien à des groupes dont le programme est clairement sexiste, montre que la question fondamentale du droit des femmes n’apparaît pas comme prioritaire sur leur boussole politique. Le racisme de Gbagbo ou de Milosevic fait alerte et interdit à de nombreux groupes d’affirmer une solidarité totale avec ces réactionnaires, par contre le sexisme des courants islamistes, lui, apparaît comme « acceptable ».

S’il n’y a pas eu à notre connaissance en France des exactions de sympathisants du Hezbollah contre des progressistes iranien(ne)s lors des manifestations contre la guerre au Liban, on peut quand même rappeler que les quelques organisations qui ont refusé de soutenir le Hezbollah tout en dénonçant l’intervention militaire ont pu avoir droit à quelques insultes (la CNT de Besançon s’est ainsi vue traitée de « sioniste » !) et, pire, avancer des revendications féministes pour les femmes du Moyen-Orient est vu par certains gauchistes comme une « collaboration avec l’impérialisme ». Nous savons, bien sûr, que pour trouver une justification aux guerres et interventions militaires, les bourgeois, les états-majors militaires et leurs alliés sont prêts à utiliser tous les thèmes possibles et imaginables… en 1914, le SPD allait jusqu’à appeler les ouvriers allemands à se faire massacrer au nom de la « défense des acquis sociaux » ! Mais cela ne doit en aucun cas, tout en dénonçant les logiques guerrières, de nous positionner clairement pour les droits des femmes, que ce soit en Europe, au Moyen-Orient ou ailleurs ! Communistes, notre combat et notre perspective, c’est l’émancipation de l’humanité, ce qui doit nous amener à combattre fermement le racisme, l’impérialisme mais aussi le sexisme !

Pour justifier leur collaboration avec des islamistes, un texte de la Gauche Révolutionnaire de 1995 indique : « Nous sommes du camp des révoltés (…).Nous sommes ceux qui ont eu les larmes aux yeux en voyant Sawsan Merazga monter sur une voiture pour haranguer la foule des lycéens de Mantes-la-Jolie. Nous sommes celles qui ont elles aussi un jour où le dégoût face à l'avilissement de la gauche française et arabe était trop grand, ont pensé à le mettre, ce hidjeb. Face au racisme, au colonialisme, à l'eurocentrisme, il est grand temps que quelqu'un se lève et dise : ça suffit.[6] » Au-delà du fait que le « camp des révoltés » ne veut pas dire grand chose (les électeurs du Front National sont eux-aussi révoltés), nous pourrions répondre « Nous sommes dans le camp des révoltéEs ! Nous sommes celles et ceux qui ont les larmes aux yeux lorsque nous apprenons l’exécution « pour l’honneur » d’une femme ou sa condamnation à la lapidation pour adultère ! Nous sommes avec les femmes d’Irak contre l’imposition de la charia, nous sommes avec les femmes de Téhéran contre les mollahs, nous sommes avec les révoltées comme Taslima Nasreen et Chahdorrt Djavann contre le pouvoir patriarcal et religieux ! Et nous sommes ici même, dans nos quartiers ouvriers, avec celles qui résistent contre les restrictions des libertés faites aux femmes par des barbus et des traditions rétrogrades ». Ce texte nous fait quitter les « fronts anti-impérialistes » du Moyen-Orient, pour nous ramener en Europe, où, c’est au nom de la « lutte anti-raciste » que certains groupes gauchistes sacrifient le droit des femmes. Cela nous amène à revenir sur les positions de groupes gauchistes qui ont fait campagne, avec des islamistes, pour le droit d’imposer le voile aux jeunes filles « nées musulmanes ».

Nous tenons à cette expression, quand bien même ces gauchistes s’en défendent, que la revendication principale de cette campagne était bel et bien le droit d’imposer le hidjab aux jeunes filles. Les Jeunesses Communistes Révolutionnaires pouvaient bien écrire, par exemple, « Nous devons soutenir tout autant les jeunes filles à qui l’on impose de porter le voile que celles à qui l’on impose de le retirer. [7]» Cet extrait est d’une pure hypocrisie : comment les JCR comptent-ils soutenir les jeunes filles à qui on impose le hidjab ? Les JCR ont-ils mis en place des milices ouvrières dans les quartiers populaires pour s’opposer aux islamistes et aux proches de ces jeunes filles pour défendre leur droit à ne pas porter le hidjab ? Non, bien sûr ! Par contre, ces mêmes JCR ont défilé (avec d’autres groupes gauchistes) aux côtés des islamistes, c’est à dire de ceux qui multiplient les pressions pour imposer le hidjab aux filles. Des camarades comme Mansoor Hekmat[8], Maryam Namazie[9] ou plus récemment Houzan Mahmoud[10], ayant parfaitement résumé les enjeux du « droit au hidjab », il n’est pas nécessaire de s’attarder longuement sur cette affaire. Mais si les gauchistes pro-voiles se justifiaient alors au nom de l’anti-racisme (ce qui, une fois encore, tend à démontrer que comme pour la lutte « anti-impérialiste », la lutte « anti-raciste » apparaît pour certains courants comme « prioritaire » par rapport à la lutte féministe), on trouvait dans cette campagne deux éléments qui, au-delà de la question spécifique du hidjab, sont particulièrement dangereux pour la lutte contre l’oppression des femmes : le relativisme culturel d’un côté, et, de l’autre, une conception bourgeoise, libérale, de la liberté.

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Mansoor Hekmat


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PostSubject: Re: Les communistes et l'oppression des femmes   Mon Oct 16, 2006 1:47 pm

Relativisme culturel contre le droit des femmes

Comme on a pu le voir plus haut, la « culture occidentale » n’est en rien plus favorable à l’égalité entre hommes et femmes que d’autres cultures. L’égalité en droit qui a finit par être obtenu est le fruit de nombreuses luttes, en particulier contre la culture dominante européenne qu’elle soit religieuse ou même laïque (parti bourgeois traditionnel, le Parti Radical était longtemps le plus farouche opposant au droit de vote des femmes). C’est ainsi que Wassyla Tamzali, écrivait : « Je veux simplement rappeler que la peur de stigmatiser le christianisme n'a pas arrêté la lutte des féministes, pour la conquête essentielle du droit à l'avortement et de la liberté de disposer de son corps. On touchait là à un dogme beaucoup plus sérieux et avéré que le voile dans l'islam. Alors, ce qui est bon pour une religion ne l'est pas pour l'autre ? La gauche, une certaine gauche, les féministes, certaines féministes, par leur attitude, nous poussent à croire que ce qui touche à l'islam est en dehors de la pensée. Peut-on dire que ce qui conduit la pensée féministe en général n'est pas bon pour ce qui concerne les femmes dites musulmanes ? Nous avons déjà assez de mal comme ça pour que des intellectuelles ajoutent leurs voix - et quelles voix ! -, à ceux qui pensent avec Tariq Ramadan qu'il existe un genre «femme musulmane». [11]» Elle rappelle ainsi très justement que c’est contre les traditions et les dogmes en vigueur que le mouvement féministe s’est battu en Europe et que c’est aussi contre les traditions et valeurs dominantes que les féministes ont à se battre dans les « pays du sud ». Contrairement à ce qu’on peut voir dans d’autres pays, comme par exemple au Canada où des groupes de gauche ont soutenu la revendication des islamistes d’y instaurer des tribunaux islamiques, peu d’organisations, en France, défendent ouvertement une législation différenciée selon les origines ou la communauté supposée. On trouve cependant dans des déclarations, des pratiques et des discours de la mouvance « de gauche » un certain relativisme culturel.

Le relativisme culturel consiste à dire à considérer que chaque société ayant ses propres normes et sa propre culture il n’y aurait aucun principe universel à défendre dans tous les pays. Par rejet légitime et juste du colonialisme, certains gauchistes finissent par considérer qu’ils ont à accepter les normes traditionnelles et patriarcales de pays du sud. Pour montrer jusqu’où peut aller ce relativisme culturel, on peut citer Tobie Nathan, théoricien de l’ethnopsychiatrie et apprécié par certains milieux bobo : « nombre de petites filles africaines, qui vivent en France et ne sont pas excisées, présentent de graves troubles. Or, seul le rituel de l’excision permet de les soigner, de les reconstruire. D’un côté, le droit français, depuis une dizaine d’années seulement, considère l’excision comme une mutilation (…).Or l’excision, au même titre que la circoncision pour les hommes, est l’un des rites initiatiques majeurs. Sans ce rituel, une femme est incomplète, elle est en errance, elle tourbillonne, et se cherche des initiations de remplacement, comme le premier “shoot”, ou le premier casse. Les ethnopsychiatres savent très bien qu’une jeune fille excisée ne tombe jamais dans ces travers. Elle n’en a pas besoin. L’excision est en quelque sorte un mécanisme de prévention mentale, un bénéfice social extraordinaire, que la société française devrait d’urgence reconsidérer. [12]» Si on suit ce raisonnement, l’excision étant une pratique culturelle dans certaines régions du monde, il faudrait donc l’accepter, y compris d’ailleurs en Europe pour les fillettes d’origine africaine. Dès lors, il n’existe plus de droits humains universels à défendre pour toutes les femmes, quel que soit leur pays, leur origine ou leur communauté. Il est à noter que ce relativisme est aussi parfois porté (et de façon d’ailleurs logique) par les réactionnaires de toute obédience et des gestionnaires de l’appareil d’Etat. Il faut bien souligner le caractère raciste de ce genre d’affirmation, qui revient justement à considérer les femmes, africaines dans ce cas, comme étant « par nature » des « pas comme nous », et de les exclure de fait des droits humains universels. Et on remarque que, généralement, ce sont toujours les pratiques et traditions barbares à l’encontre des femmes qui sont défendues au nom de la « spécificité culturelle ». L’excision, les mariages forcés, les crimes d’honneur et autres pratiques sexistes peuvent être justifiées « au nom de la culture », par contre, on n’entend jamais justifier les lynchages de noirs au nom de « la spécificité culturelle des blancs du Texas » ou les violences antisémites au nom de la « spécificité culturelle des goys polonais » !

Plus hypocrite, plus courante et moins extrême que la citation de Tobie Nathan, prenons ces paroles de Ferdinand Ezembe, psychologue togolais proche de l’ethnopsychiatrie : « Je voudrais tout d’abord dire que c’est un problème de femmes et que de fait en tant qu’homme je ne suis pas le mieux placé pour donner un avis (…). Je vous fais cependant remarquer qu’on ne peut pas se permettre de juger une pratique de l’extérieur. La souffrance est bien sûr universelle mais il faut faire l’expérience de l’excision pour en parler. (…) La France attaque l’excision parce que c’est avant tout une pratique africaine. [13]» Ces extraits reprennent bien ce que l’on peut entendre, y compris dans les milieux gauchistes, lorsqu’il s’agit de dénoncer certaines violences faites aux femmes. Ferdinand Ezembe affirme d’ailleurs ne pas pouvoir en parler (et donc prendre position sur la question) parce qu’il n’a pas vécu l’excision : dans le même ordre d’idée on ne pourrait pas condamner le viol par exemple si on n’a pas, soi-même, été violé ? Ou ne pas pouvoir dénoncer les meurtres racistes en Russie par exemple parce qu’on n’est pas Russe ?? Puis, on trouve un moyen habile pour considérer que le refus de l’excision serait une forme de colonialisme puisque, comme le dit ce psychologue, « La France attaque l’excision parce que c’est avant tout une pratique africaine. » Là aussi, ce genre d’arguments nie l’existence de droits universels pour l’humanité toute entière. Et c’est avec le même genre d’arguments qui relativisent les droits des femmes au nom de la « culture », que les tribunaux occidentaux peuvent se permettre, parfois, de se montrer indulgents en ce qui concerne les « crimes d’honneur » par exemple. C’est ainsi que le 4 juillet dernier, Diana Nammi, réfugiée iranienne à Londres et fondatrice d’IKWRO[14] et d’ICAHK[15], expliquait dans le journal « The Gardian » que peu après son arrivée en Grande-Bretagne, elle a entendu parler d’une fille turque assassinée. « Son père n’a été condamné qu’à deux ans de prison. Le juge disait que s’il ne l’avait pas tuée, il aurait été pénalisé par sa communauté. Je voulais permettre aux femmes de comprendre leurs droits et éduquer la police qu’il s’agit bien de meurtres, et pas d’un phénomène culturel qui peut être caché sous un tapis[16] ».

Revenons sur un thème qui serait que la défense de certaines valeurs et de certains principes seraient, en soit, « colonialistes » lorsqu’ils s’appliquent aux « pays du sud » ou à la classe ouvrière immigrée. Les islamistes, en effet, rejettent comme « occidental », non pas l’extorsion de la plus-value et l’exploitation capitaliste, mais le féminisme, le marxisme et d’autres mouvements luttant pour l’émancipation. Ce qui, par contre, est plus surprenant, c’est que des gauchistes reprennent cette argumentation et considèrent par exemple que les valeurs réactionnaires de l’Islam politique seraient une forme de résistance anti-impérialiste à soutenir. C’est ainsi que « Socialisme International » affirme : « Puisque les mouvements islamistes ont surgi comme une réponse à cette domination impérialiste, nous pouvons nous trouver dans les mêmes luttes aux côtés de certains de ces mouvements, sans faire des concessions politiques.[17] » Précisons d’abord que tout en affirmant « sans faire de concessions politiques », les camarades du SWP britannique de Socialisme International sont allés jusqu’à offrir des tribunes aux islamistes, ou à s’opposer au sein de la coalition RESPECT à l’affirmation du droit à l’avortement dans le programme électoral ! Bref, au nom d’une « différence de culture », on finit par défendre, selon le pays ou la culture d’origine, un programme complètement différent et même contradictoire. On remarque au passage que personne à l’extrême-gauche ne soutien l’interdiction de l’avortement en Pologne au nom d’une « spécificité culturelle catholique du pays ». De la même façon, l’extrême-droite raciste de Russie n’est jamais analysé comme une « force anti-impérialiste avec qui nous pouvons nous retrouver dans les luttes ». Finalement, c’est bien pour les peuples jugés comme « différents » (comme les filles africaines excisées par exemple) que se pratique cette différenciation culturelle, reprenant les images de « l’exotisme » propre justement au colonialisme.

Pour quitter un peu les textes construits par des groupes d’extrême-gauche, on peut s’intéresser à quelques commentaires parus sur le site libertaire « L’En Dehors »[18] en réponse au texte de la campagne pour sauver Malak de la lapidation. Bien sûr, internet n’est pas la vie réelle, mais ces quelques commentaires sont assez représentatifs de ce que nous pouvons entendre dans la mouvance gauchiste ou alter-mondialiste. Au-delà des différents commentaires considérant cette campagne comme une manœuvre de la Maison Blanche pour préparer une intervention militaire contre l’Iran, on peut lire par exemple : « J'ai beaucoup voyager durant mes vertes années,... des monstruosités au nom de la culture j'en ai vu des tas. Au début j'étais horrifié, avec le temps j'ai appris à relativiser. Qui sommes nous pour juger la culture d'autrui ? Au nom de quels principes, valeurs... peut on dire "ce que tu fais est mal !" » Ou « Un peuple culturellement mature, a une conception particulière du mariage, de la femme et de la fidélité. Apparemment, dans ce peuple, peu de gens s'en plaignent. Au contraire même, la grande majorité de la populace approuve et défend cet état des choses. Y compris les femmes elles-mêmes. Tout autant que vous je m'offusque devant ces pratiques lapidatoires, mais à t'on le droit nous, culturellement dominant, de leur imposer notre façon de voir la vie ? A quel point ne sommes nous pas aveugler pas notre culture propre ? ». Moins construites, ces réflexions reviennent à refuser de condamner une pratique barbare au nom de la « différence de culture ». On remarque, au passage, le mépris (« populace ») qui ressort de ce genre de réflexion vis-à-vis du peuple iranien, et la fameuse question de la légitimité ou non des revendications féministes au nom de la « majorité ». Or, nous ne défendons pas des positions parce qu’elles seraient « majoritaires », nous savons d’ailleurs que notre programme communiste est aujourd’hui minoritaire, y compris dans la classe ouvrière. La revendication du droit à l’avortement ou d’abolition de la peine de mort ont longtemps aussi été minoritaires. De même, nous défendons le plus souvent des positions minoritaires lorsque nous dénonçons les crimes du militarisme français, et nous sommes certainement minoritaires dans la société française à revendiquer la régularisation de tous les sans-papiers. Aussi, peu nous importe si les revendications féministes que nous trouvons justes sont minoritaires ou non où moment où nous les défendons[19] !

Encore que pour l’Iran, le maintien d’une opposition, y compris de courants d’extrême-gauche, malgré bientôt vingt ans de dictature théocratique, les nombreuses manifestations féministes et les luttes ouvrières montrent que de larges fractions de la société iranienne refusent la main mise des mollahs. Il est cependant curieux de constater que des groupes anarchistes ou marxistes (pourtant opposés à l’Etat bourgeois, y compris démocratique) se prosternent devant des résultats électoraux pour trouver, par exemple, une légitimité et affirmer ensuite leur soutien, au gouvernement Hamas en Palestine. Sur cette question, combien de déclarations ou commentaires affirmaient alors que « issu d’élections démocratiques, le gouvernement Hamas est légitime » ? Devrait-on de la même façon considérer comme légitimes les gouvernements français, américain ou israélien, eux aussi issus « d’élections démocratiques » ? De la même façon des gauchistes sortent des statistiques ou des analyses pour montrer que la majorité du peuple irakien ou libanais étant avec la « résistance », cette dernière devient légitime et donc à soutenir ? Et pourtant !! Que représentent aujourd’hui les révolutionnaires en Europe ? Nous sommes, et nous le savons, très minoritaires : serions donc « illégitimes » ? Effectivement, un groupe comme Alternative Communiste Libertaire a, malheureusement, beaucoup moins d’influence que le Hezbollah au Liban : mais en quoi cela lui retire-t-il une légitimité et surtout pourquoi sur cette base-là devrions nous préférer le Hezbollah ?? Effectivement aussi, les organisations féministes et leurs revendications sont minoritaires en Palestine : en quoi cela retire-t-il une légitimité à ces revendications ? Faudrait-il aussi cesser de soutenir par exemple le mouvement contre la guerre en Tchétchénie sous prétexte qu’il est minoritaire en Russie ?? Toute l’histoire du mouvement communiste révolutionnaire n’a-t-elle pas été aussi de ramer à contre-courant de l’idéologie dominante[20] ? Faut-il rappeler qu’en 1914 les internationalistes n’étaient qu’une poignée ? Que l’opposition de gauche a dû lutter à contre-courant dans le mouvement ouvrier face au stalinisme ? Au contraire de cette adoration pour certains gauchistes de la « majorité », nous pensons justement que lorsqu’une organisation développe des revendications progressistes dans un milieu particulièrement réactionnaire et hostile, elle mérite d’autant plus notre soutien et notre solidarité.

Communistes, et donc internationalistes, nous défendons un programme et des principes valables pour l’humanité entière ! Que ce soit à Paris, Bagdad, Pékin ou Mexico, un de ces principes est « le corps d’une femme n’appartient qu’à elle-même ! », ce qui nous pousse à combattre, dans une même lutte, à la fois les restrictions sur le droit à la contraception et à l’IVG, le viol, les mariages forcés, les lapidations pour adultères et toute restriction concernant la sexualité des femmes (et des hommes) lorsqu’il s’agit de relations entre adultes consentants. Si l’étude de l’état d’esprit des masses est nécessaire pour affiner notre intervention, jamais, tant dans l’histoire du mouvement ouvrier que dans celle, plus générale, des luttes progressistes, le caractère « majoritaire » ou « minoritaire » d’une revendication n’est un critère pour justifier de refuser de la mettre en avant. Même s’il faut pour cela être à contre-courant, nous devons combattre les préjugés racistes, sexistes, chauvins ou homophobes, y compris au sein de notre classe.

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PostSubject: Re: Les communistes et l'oppression des femmes   Mon Oct 16, 2006 1:54 pm

Conception bourgeoise-libérale et conception communiste de la liberté

Dans l’affaire du hidjab, des gauchistes se sont élevés au nom du « droit individuel de porter le hidjab », des organisations dites féministes proclament le « droit individuel de se prostituer » et dans une interview, les célèbres sœurs Levy (que plusieurs gauchistes ont soutenu dans leur lutte pour le port du voile) affirment : « Si une personne qui a commis l’adultère souhaite se repentir par la lapidation, c’est son choix et elle y va librement [21]». Cette conception de la liberté, uniquement individuelle, est typiquement libérale et bourgeoise. Quittons un peu le domaine du droit des femmes pour celui de la lutte des classes pour bien comprendre l’antagonisme entre la conception libérale et la conception communiste de la liberté. Le MEDEF et les bourgeois se gargarisent souvent de la « liberté », comme par exemple la liberté de l’employé et de l’employeur de fixer eux-mêmes, loin des carcans du code du travail et des conventions collectives, des questions comme le temps de travail et le salaire. Et bien sûr, tous les militants ouvriers savent qu’une telle liberté, dans les faits, signifie un salaire au rabais pour le travailleur. Il existe même une phrase célèbre qui dit que cette liberté là, c’est la liberté du renard dans le poulailler. Si on faisait des interviews dans les rues, nous trouverions certainement des chômeurs pour affirmer qu’ils seraient heureux d’avoir le « droit » de travailler à 80% du SMIC pendant 50 heures hebdomadaires. Pourtant, en tant que militants ouvriers, nous nous battons le plus fermement possible contre les remises en cause des droits collectifs de la classe ouvrière. Et on pourrait multiplier les exemples sur ce sujet : revendication de la « liberté » de ne pas cotiser à la Sécurité Sociale par exemple, ou même la fameuse tarte à la crème de la « liberté du travail » pendant les grèves. Et là aussi, aucun militant ouvrier, aucun socialiste digne de ce nom, ne revendiquera la « liberté du travail » lorsque des piquets de grève bloquent une usine. Et imagine-t-on un groupe d’extrême-gauche proclamer lors de la lutte contre le CPE : « « Nous devons soutenir tout autant les jeunes à qui l’on impose le CPE que ceux à qui l’on interdit un CPE » ??

Dans le cadre de la lutte des classes, bien sûr, personne dans le mouvement ouvrier ne revendique le « droit individuel » contre le « droit collectif », parce que bien entendu nous savons qu’il n’existe pas d’égalité entre le bourgeois et le prolétaire, et que justement le droit collectif est le seul moyen de garantir le droit de chaque salarié. Or nous avons vu que même dans des pays impérialistes comme la France, l’égalité réelle entre hommes et femmes n’existe pas. Les chiffres impressionnants des violences conjugales, les inégalités de traitement entre travailleuses et travailleurs dans les entreprises, les violences sexuelles sont ainsi autant d’indicateurs de l’oppression des femmes et que nous sommes toujours dans une société patriarcale. Aussi, revendiquer la liberté individuelle contre les libertés collectives revient, comme pour ce qui est de la « liberté individuelle » dans le rapport ouvrier-patron, à revendiquer la liberté pour l’oppresseur d’imposer sa loi à l’opprimé(e). Sur le hidjab, de nombreuses camarades ont ainsi très bien montrer les enjeux : donner le « droit » de porter le hidjab à l’école, signifie, dans les faits, donner le droit d’imposer le port du voile aux filles. Où est, en effet, la « liberté » de la fille de 10 ans face à sa famille ? Et même, quelle liberté reste-t-il pour refuser le voile dans un quartier contrôlé par les islamistes ? Ex-coqueluche des gauchistes et alter-mondialistes avant de devenir celle de l’impérialisme britannique, Tarik Ramadan ne dit d’ailleurs pas autre chose : « Plus on sera présent, plus des femmes avec le hidjab seront présentes (…) plus on habituera les mentalités, et plus les choses changeront [22]». Et il faut vivre dans les quartiers huppés du centre-ville pour ne pas voir le développement des courants de l’Islam politique dans nos cités et le renforcement des restrictions concernant les libertés des femmes.

On retrouve le même phénomène chez certains groupes « féministes » ou « collectifs de travailleuses du sexe » concernant la prostitution. Souvent ces groupes se basent sur quelques témoignages de personnes prostituées affirmant avoir librement choisi cette condition pour avancer le « droit de se prostituer ». Sans même discuter des témoignages, sans même se demander si on peut parler de « liberté » pour celle qui a été violée enfant par exemple, il est clair que derrière ces discours se cache tout refus du système prostitutionnel en tant que tel, clair aussi que sur la base d’un témoignage positif sur la prostitution, on tente de faire oublier des dizaines de témoignages sur les souffrances et l’oppression subie par les femmes victimes de la prostitution. Sans même parler des centaines de milliers de femmes d’Afrique ou d’ex-Union Soviétique victimes du trafic d’êtres humains, quelle est la liberté de la fille toxicomane qui se vend pour acheter sa dose d’héroïne ? Quelle est la liberté de la femme au RMI prostituée occasionnelle pour payer son loyer ? Quelle est la liberté de celle prise entre les griffes d’un homme et ses violences psychologiques et/ou physiques se retrouve sur le trottoir ?

Un groupe comme « Les putes » va jusqu’à affirmer « La prostitution comme échappatoire au système patriarcal. [23]» Elles écrivent ainsi : « Notre corps nous appartient et nous ne devons plus tolérer de travailler gratuitement ou pire d'être appropriéEs comme des esclaves. Ces hommes que nous ne désirons pas doivent payer. » Finalement, derrière une radicalité de façade, ce groupe accepte que des femmes couchent avec des hommes qu’elles ne désirent pas ! Nous considérons que toute relation sexuelle avec un partenaire non-désiré peut être qualifiée de viol, ce à quoi « Les putes » répondent « le viol est acceptable s’il est monnayable ». Ou comment les discours les plus radicaux finissent par l’acceptation du système d’oppression. Et on peut lire en conclusion : « Etre une pute est le meilleur moyen pour ne pas se mettre sous la domination d'un patron. C'est aussi la meilleure excuse qu'on peut avoir pour ne pas accepter la domination d'un mari. Le profit tiré de son travail permet également de s'extraire de l'autorité paternelle et vivre économiquement indépendantE de la cellule familiale qui vous aura de toute façon bien souvent rejetéE en raison de votre statut de pute. Il ne faut pas trop fantasmer sur les revenus des prostituéEs, mais il est vrai que l'argent rentre plus facilement. Ne plus avoir de soucis d'argent est un moyen d'être libre dans cette société capitaliste. On peut donc se permettre davantage de mener sa vie non pas en fonction des autres mais comme on l'entend. Le système patriarcal a moins de prises sur vous. Vous avez vraiment l'impression d'être hors du système. Les oppriméEs que vous côtoyez vous paraissent vivre dans un monde complètement surréaliste. Ils sont heureux d'avoir des week-ends de 3 jours quand vous êtes loin des 35 heures ». Discours scandaleux lorsqu’on le compare aux milliers de témoignages de femmes sur leurs souffrances dans la prostitution !! Discours qui finalement vise à dire aux hommes que, non, rien n’est choquant dans le fait d’acheter le corps d’une femme et de la considérer comme une marchandise ! Même Georges Orwell n’aurait pas imaginé dans « 1984 » une telle illustration du célèbre « la liberté c’est l’esclavage » !

Dans « Marxisme et Révolution Sexuelle [24]», Alexandra Kollontaï dresse une description d’une étonnante actualité sur la prostitution : « Méprisée par tous, pourchassée par tous, mais secrètement encouragée, la prostitution, sous ses fleurs somptueuses mais empoisonnées, étouffe tout ce qui reste des vertus familiales. Recouvrant la société d’une sorte de limon pourri, elle empoisonne de son haleine fétide les pures joies de l’union amoureuse entre les sexes. De nos jours, la prostitution atteint des proportions colossales, telles que l’humanité n’en a jamais connu, même aux périodes de sa plus grande décadence spirituelle. (…) C’est ici, dans les bas-fonds obscurs et nauséabonds, que poussent ses germes funestes ; c’est dans le corps du prolétariat qu’elle plante le plus souvent ses griffes empoisonnées, et bien que son haleine fétide pourrisse toute l’atmosphère sociale, c’est d’abord pour la classe ouvrière qu’elle est un fléau (…). Condamnée par la religion, punie par la société et même par la loi, la prostitution n’en est pas moins non seulement tolérée, mais encore réglementée par l’Etat. (…). Chair de la chair de la classe ouvrière ou de la paysannerie pauvre, [elle] boit jusqu’à la lie la coupe de la servitude, de l’humiliation et du chagrin… La lutte contre la prostitution (…) découle directement de la lutte générale du prolétariat et en constitue une partie intégrante. » Elle affirme aussi, de façon particulièrement juste : « L’acte d’amour, abaissé au degré de profession, que peut-il avoir de plus monstrueux ? (...) Rien ne dessèche autant l’âme que la vente forcée et l’achat de caresses étrangères. La prostitution éteint l’amour dans les cœurs. »

Et au-delà même du seul fait que les discours pro-prostitution masquent au nom de quelques témoignages la souffrance de millions de femmes prostituées, la prostitution est aussi une des pierres angulaires de la société patriarcale, l’affirmation aux yeux de tous du principe patriarcal : « le corps des femmes ne leur appartient pas ». Qu’elles soient exhibées comme des objets sexuels, parfois même dans des vitrines, ou qu’elles soient masquées derrière des burqa ou des hidjab, il s’agit là de la même logique : la femme ne s’appartient pas en tant qu’être humain à part entière, elle est la propriété des hommes, qu’il s’agisse des clients, de la famille ou du mari. La prostitution est bel et bien un symbole de l’appropriation du corps et de l’intimité de la femme par l’homme.

Précisons d’ailleurs que refuser la prostitution ne signifie en rien soutenir les lois Sarkozy sur le sujet, lois qui ne s’en prennent pas à la prostitution mais ne cherchent qu’à rendre moins visible cette oppression. Les revendications que nous avançons sur ce sujet sont plus de structures d’accueil, plus de moyens pour aider les femmes à sortir de la prostitution, tout comme une lutte plus générale contre la misère et le chômage, et bien sûr contre tout ce système patriarcal qui considère que les hommes peuvent s’approprier le corps des femmes.

Notre conception de la liberté et de la lutte pour la liberté, n’est pas cette conception libérale et bourgeoise du « tout le monde fait comme il veut », mais bien en liaison avec notre aspiration à l’égalité, une conception de la liberté qui affirme justement celle de ne pas porter le hidjab comme celle de ne pas se prostituer.

Certains camarades, en particulier libertaires, ont tendance, au nom de la lutte contre l’Etat bourgeois, à être au mieux méfiant ou parfois même opposés, à toute mesure législative qui réprimerait les violences faites aux femmes. Ainsi, dans les années 70 par exemple, des courants ultra-gauche dénonçaient les campagnes féministes pour la criminalisation du viol, et on trouve aujourd’hui encore certains camarades qui s’interrogent sur le bien-fondé de porter plainte en cas de viol ou de violences conjugales. Pourtant, très peu ne semblent contester la nécessité de porter plainte en cas de violence raciste ou si un camarade se fait agresser par des fachos. De la même façon, nous utilisons quotidiennement le droit (bourgeois) dans le cadre d’une activité syndicale, et nous serions favorables à des mesures plus répressives contre les patrons qui violent le code du travail. Il n’y a aucune raison pour que des militant(e)s communistes n’aient pas la même démarche par rapport au droit en ce qui concerne la liberté des femmes. Aussi, effectivement, si des femmes peuvent s’appuyer sur la loi pour fuir des violences, faire condamner leurs bourreaux ou s’opposer à des traditions réactionnaires, nous devons être inconditionnellement à leurs côtés, et même, ne pas hésiter à réclamer la pénalisation de pratiques comme les mariages forcés, l’excision, les violences faites aux femmes, etc. Dans de nombreux pays, les organisations féministes se battent pour ce genre de revendications concernant les crimes d’honneur ou l’excision. La criminalisation du viol puis la reconnaissance judiciaire du viol conjugal ont été, en France, des avancées considérables. Il en est de même pour l’interdiction de l’excision. Même si un changement législatif ne suffit pas à détruire les discriminations et pratiques sexistes, l’existence de ces lois permet au moins de s’appuyer sur elles. Pour les victimes, tout d’abord, afin d’obtenir justice, pour permettre ensuite de mettre fin à certaines pratiques[25], et aussi pour proclamer que la société trouve telle ou telle pratique inacceptable. La loi nous permet aussi, à nous, militantes et militants, de mener campagne pour montrer aux femmes qu’elles ont des droits, non pas sur une simple déclaration formelle ou dans une société future, mais aujourd’hui, droits pour lesquels on peut et doit se battre pour obtenir leur application. La question d’une pénalisation des clients de prostituées, comme en Suède, apparaît dans ce cadre comme une revendication à étudier.

Comme le dit Mansoor Hekmat : « Tout le combat pour les réformes et contre les discriminations est un combat autour des lois, pour le changement des lois, réformer les lois et utiliser les lois. Pourquoi quelqu'un ne leur a pas expliqué que les ouvriers et les femmes ont mené des luttes et des luttes pour intégrer le principe de l'égalité des sexes, le congé maternel et l'assurance de chômage dans les lois, pour que nos amis puissent en profitent aujourd'hui. Pourquoi personne ne leur a dit que tout le mouvement des femmes, le mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis, le mouvement anti-apartheid, le mouvement écologique, sont des mouvements pour le changement des lois et obtenir le soutien des lois à leurs revendications. La loi, est l'axe de la lutte pour les réformes dans la société. Comment peut-on prendre au sérieux quelqu'un qui parle de la défense des droits des femmes et des enfants, mais déclare avant tout qu'il s'en fiche des lois et n'a pas besoin de les changer ? [26]»

Bien sûr, communistes et donc révolutionnaires, nous sommes pour la destruction de l’appareil d’Etat bourgeois et par conséquent du droit bourgeois ! Cela dit, tout communiste qui veut faire vivre son idéal socialiste, ne peut se contenter d’invoquer « le matin du grand soir » de la révolution prolétarienne comme d’autres attendent le messie, mais se doit de lutter, ici et maintenant, pour l’amélioration des conditions de vie des exploité(e)s et des opprimé(e)s. Le mouvement ouvrier a toujours su lier à la fois la lutte pour des améliorations immédiates et la lutte pour la transformation révolutionnaire de la société. Et si on peut effectivement qualifier la législation de droit bourgeois, le droit est aussi l’expression de l’évolution des sociétés, des luttes et rapports de force entre les classes et au sein de la société. Tout militant ouvrier sait qu’il est amener à se baser sur la législation et parfois à se battre devant les tribunaux pour défendre les intérêts des travailleurs. Et à moins de sombrer dans un ultra-gauchisme infantile et inefficace, il n’existe aucune raison pour que nous n’utilisions pas aussi les lois existantes pour défendre les droits des femmes ni pour que nous demandions des réglementations plus répressives pour ceux qui commettent des crimes sexistes.

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PostSubject: Re: Les communistes et l'oppression des femmes   Mon Oct 16, 2006 2:01 pm

Pour un féminisme lié aux classes populaires et un mouvement ouvrier faisant de la question des femmes une priorité

En conclusion de ces « Conférences sur la libération des femmes », Alexandra Kollontaï affirmait : « La dictature de la propriété privée a réduit la femme à l’esclavage pour des siècles. Grâce à la dictature du prolétariat, la femme peut aujourd’hui conquérir sa liberté.[27] » Le mot d’ordre, « Pas de socialisme sans liberté des femmes » doit être au cœur de notre programme. En prenant le pouvoir et en instaurant sa dictature[28], notre classe aura pour tâche de détruire toutes les formes de l’oppression d’un être humain sur un autre, de balayer à la fois le monde capitaliste et les survivances patriarcales, tribales et féodales dans le monde entier, et ce à la fois par des méthodes éducatives et par des méthodes répressives. Si cette perspective peut aujourd’hui apparaître lointaine, elle doit rester l’objectif à atteindre. La tâche justement de toute organisation communiste est à la fois de permettre l’indépendance politique du prolétariat en vue de la prise du pouvoir. Mais les communistes se doivent aussi, dès aujourd’hui, d’être les meilleurs militant(e)s pour la libération des femmes.

Trop souvent, dans l’extrême-gauche, la question de la libération des femmes est reléguée à des « groupes femmes » ou autres « secrétariat femmes ». Bien sûr, il ne s’agit pas de s’opposer à l’auto-organisation des femmes ou aux structures féministes non-mixtes, mais les « groupes femmes » dans les organisations syndicales ou d’extrême-gauche ont trop souvent comme conséquence de faire de la question des femmes une question secondaire, ou du moins pas portée par l’organisation dans son entier. Or, si nous considérons que la tâche historique de notre classe est de balayer le monde de toutes les formes d’oppression, alors la lutte contre le sexisme, le combat pour l’égalité réelle entre tous les êtres humains, doit être considérée comme aussi prioritaire que la lutte contre le racisme. Et lorsque des groupes révolutionnaires font de l’anti-sexisme une priorité, cette activité apparaît trop souvent comme folklorique ou déconnectée de la réalité de la majorité des femmes, et en particulier celles des classes populaires. Ainsi, alors que nous l’avons vu la violence contre les femmes reste une réalité atroce y compris dans les pays impérialistes, des groupes considèrent que la tâche anti-sexiste principale serait de se poser la question de la féminisation du langage, ce qui, malheureusement, rend des textes quasiment inaccessibles pour celles et ceux qui ne maîtrisent pas les subtilités de la langue française. Et de la même façon que des groupes marxistes ou anarchistes développent une certaine culture propre qui les éloigne du « travailleur du rang », certains groupes féministes, en particulier les plus radicaux, rejettent les femmes qui se maquillent, celles qui sont mariées, et finalement ont beaucoup de mal à avoir un discours pour toucher les ouvrières, les femmes au foyer, les employées de supermarchés, etc. Bien sûr, il existe des discussions universitaires sur les différences de genre qui peuvent être particulièrement intéressantes, mais si nous voulons refaire vivre les revendications féministes, c’est aussi et surtout aux femmes de la classe ouvrière qu’il faut s’adresser, c’est lutter pour l’amélioration de leurs conditions de vie.

Il existe plusieurs pistes sur lesquelles les communistes pourraient s’investir et mener des campagnes pour un développer un féminisme en lien avec les classes populaires, un féminisme qui s’adresse aux travailleuses, aux femmes des usines et des quartiers ouvriers.

- Dans les syndicats et les entreprises faire du mot d’ordre « à travail égal salaire égal » une revendication principale. Se battre pour l’application réelle de ce principe, et se montrer aussi particulièrement attentifs aux droits des femmes dans l’entreprise, que ce soit sur des questions comme les droits aux congés maternité ou des questions comme le harcèlement sexuel. De plus, de même que les communistes se battent contre les préjugés racistes de leurs collègues, ils et elles doivent mener la lutte contre les préjugés sexistes. Non ! Nous n’acceptons pas les blagues sur les Arabes, en particulier lorsqu’elles visent à blesser nos collègues maghrébins ! De la même façon, nous devons refuser les blagues sexistes qui visent nos collègues femmes.

- Dénoncer régulièrement dans notre matériel d’agitation les violences conjugales, le viol et autres violences faites aux femmes, insister dans les syndicats pour que des tracts spécifiques soient fait pour le 25 novembre ou le 8 mars par exemple, dénoncer chaque meurtre ou crime sexiste avec la même virulence que les meurtres et crimes racistes. Rappelons que, vu le nombre de femmes victimes de violences, on trouve forcément parmi elles des camarades, des syndiquées, et même des militantes d’extrême-gauche (parfois battu par… un camarade). Aussi, et vu l’emprise du patriarcat, il n’existe aucun milieu où l’on pourrait considérer que la question est régler. Aussi, profiter de toutes les occasions pour parler de ces questions, lancer des discussions sur ce sujet est nécessaire à la fois pour montrer aux femmes touchées par ces violences que nous pouvons nous battre à leurs côtés et pour faire évoluer les mentalités, notamment des hommes. De la même façon, montrer notre indignation devant les pratiques sexistes, y compris celle de la consommation de prostituées, à chaque occasion.

- Refuser toute forme de relativisme qu’elle provienne de groupes gauchistes, de mouvements réactionnaires ou de l’appareil d’Etat lui-même et affirmer le caractère universel des droits des femmes.

- Agir dans les quartiers ouvriers contre les restrictions faites aux libertés des femmes, en particulier par le développement des courants islamistes. Au-delà de la nécessité pour les communistes d’essayer de regagner du terrain sur les idéologies réactionnaires, un axe de campagne pour mener cette lutte pourrait être d’organiser des collectifs, associations, réseaux ou autres structures larges pour lutter contre les mariages forcés. Les syndicats CNT de Franche-Comté ont décidé d’une initiative en ce sens, mais il est trop tôt aujourd’hui pour en esquisser un premier bilan.

- Pour les femmes migrantes et réfugiées, lutter pour le droit d’asile pour les femmes victimes de « traitements dégradants ou inhumains » parce qu’elles sont femmes (prostitution, violences, mariages forcés, menaces de crimes d’honneur…) au sein de l’Union Européenne.

- Défendre le principe « mon corps m’appartient » pour refuser toute remise en cause du droit à l’avortement et à la contraception, mais aussi comme mot d’ordre contre le viol, les violences conjugales, la prostitution, les mariages forcés, et toutes les restrictions faites à la liberté sexuelle et affective des femmes.

- Mener un travail de solidarité internationaliste avec les organisations de femmes qui luttent partout dans le monde, en particulier dans les pays où les discriminations sexistes sont inscrites dans la législation.

Ce ne sont là que quelques pistes d’action possibles, et il est clair aussi que ces axes de lutte comme d’autres doivent être intégrés dans le matériel de propagande et d’agitation communiste quotidien : dans les feuilles de boîtes, les bulletins de quartier, etc. Et il appartient aussi aux communistes de faire vivre ces axes de campagnes dans les organisations (syndicats, groupes anti-racistes, collectifs féministes…) où elles et ils militent. Le rôle et la tâche d’un véritable Parti Communiste serait justement de regrouper celles et ceux qui refusent l’oppression, d’où qu’elle vienne, et de faire vivre la perspective d’un monde nouveau, où les différentes oppressions seront bannies, de faire vivre un programme qui redonne espoir et permette à tous les exploité(e)s et opprimé(e)s de relever la tête.

Aussi, le renouveau d’un mouvement communiste, d’un mouvement révolutionnaire qui ne vive pas de phrases vides de sens mais d’une pratique réelle, ne pourra se faire qu’en rupture avec l’opportunisme gauchiste. L’opportunisme de certains gauchistes vis-à-vis des courants réactionnaires islamistes et leur capacité à mettre entre parenthèses leur féminisme de façade au nom de « l’anti-racisme » ou de « l’anti-impérialisme » a créé une véritable ligne de démarcation au sein de l’extrême-gauche. Cette ligne de démarcation apparaît et apparaîtra toujours plus comme une véritable ligne de rupture, au moins aussi importante que celle du refus du stalinisme à une autre période. Pour notre part, nous affirmons que seul(e)s méritent le nom de communistes celles et ceux qui inscrivent clairement et en toutes circonstances la libération des femmes sur leurs drapeaux. Ceux qui, au contraire, sont capables de nier les droits humains les plus basiques des femmes au nom d’alliances tactiques « anti-impérialiste », ne méritent pas plus de s’appeler communistes que ceux qui accepteraient des discriminations racistes. Celui qui, quelques soient les justifications et prétextes qu’il en donne, accepte que se maintienne l’oppression d’un être humain parce qu’elle est femme, ne mérite pas le nom de communiste.

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PostSubject: Re: Les communistes et l'oppression des femmes   Mon Oct 16, 2006 2:01 pm


[1] Dans son allocution à la Conférence des Ouvrières Sans-Partis de Moscou le 23 septembre 1919, Lénine pouvait à juste titre affirmer : « Nous voyons dans toutes les républiques démocratiques l'égalité proclamée, mais dans les lois civiles, dans les lois sur la famille et le divorce, nous voyons à chaque pas l'inégalité et l'humiliation de la femme. Or c'est là une violation de la démocratie à l'égard d'opprimés. La Russie soviétiste, plus que tout autre pays, même plus avancé, a réalisé la démocratie en ne laissant pas dans ses lois, la moindre allusion à l'inégalité de la femme. Je le répète, pas un Etat, pas une seule législation démocratique n'a fait pour la femme la moitié de ce qu'a fait le pouvoir des Soviets dès les premiers jours de son existence. »

[2] En 1924 par contre, alors que la jeune section française de l’Internationale Communiste luttait contre la loi de 1920 (qui réprimait sévèrement les femmes qui faisaient une IVG et même la propagande en faveur du contrôle des naissances), on pouvait lire dans « L’ouvrière » (bulletin communiste destiné aux femmes) : « L'Etat n'a pas le droit de refuser aux femmes hors d'état matériellement d'élever un enfant, un avortement dans les meilleures conditions, c'est-à-dire pratiqué dans les hôpitaux selon toutes les données de la science ».

[3] Jennifer Fasulo, Chavez's Embrace of Iran Leader Insults Women

[4] Combien, parmi ces gauchistes, seraient capable de donner une définition de l’impérialisme ? Le plus souvent, leur anti-impérialisme affiché n’est finalement qu’un anti-américanisme, bien loin des conceptions communistes et internationalistes.

[5] Le concept de « Front de Libération Nationale » ou de « Front Anti-Impérialiste » est tiré directement des directives staliniennes (et de tous ces « fronts » -populaires, anti-fascistes…-) dont la brillante première expérience tactique est la révolution chinoise de 1927, où les ouvriers se font massacrer par le « camarade membre d’honneur du Komintern » (selon Staline), Tchang Kaï-chek. Même si, sur la question nationale, certains textes de l’Internationale Communiste peuvent paraître ambigus, on peut rappeler que le congrès de 1920 de l’IC affirmait, entre autre : « Il est aussi nécessaire de combattre le panislamisme, le panasiatisme et autres mouvements similaires qui tâchent d'utiliser la lutte émancipatrice contre l'impérialisme européen et américain pour rendre plus fort le pouvoir des impérialistes turcs et japonais, de la noblesse, des grands propriétaires fonciers, du clergé, etc » et plus loin : « Il est nécessaire de combattre énergiquement les tentatives faites par des mouvements émancipateurs qui ne sont en réalité ni communistes, ni révolutionnaires, pour arborer les couleurs communistes (…).L'Internationale Communiste doit entrer en relations temporaires et former aussi des unions avec les mouvements révolutionnaires dans les colonies et les pays arriérés, sans toutefois jamais fusionner avec eux, et en conservant toujours le caractère indépendant de mouvement prolétarien même dans sa forme embryonnaire ». On est bien loin d’un soutien a-critique envers des mouvements comme le Hezbollah ou le Hamas !!

[6] Raymond Debord, « Nous sommes du camp des révoltés », 1995.
http://www.le-militant.org/foularis/revolt.htm

[7] Bulletin hebdomadaire des JCR n°32, 28 janvier 2004.

[8] Maansor Hekmat, L'islam, les droits des enfants et le voile-gate de Rahe Kargar, juin 1997
http://www.marxists.org/francais/hekmat/works/1997/06/hekmat_19970600.htm

[9] Maryam Namazie, Bas les voiles ! A propos du débat sur la laïcité et les droits de la femme, janvier 2004
http://www.solidariteirak.org/article.php3?id_article=46

[10]Houzan Mahmoud, It’s not a matter of choice, 7 October 2006
http://commentisfree.guardian.co.uk/houzan_mahmoud/2006/10/wearing_the_veil_has_never_bee.html

[11] Wassyla Tamzali, « Féministes, je vous écris d’Alger »
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2004/01/13/646-feministes-je-vous-ecris-d-alger-wassyla-tamzali

[12] « Entretien avec Tobie Nathan, sorcier des banlieues » (sic), Science et Nature, février 1995, p. 79. Cité par Emmanuel Grez, « L’intolérable alibi culturel - L’EXCISION et ses bonnes excuses ».

[13] extraits d’une interview parue sur Afrik.com le 5 août 2000
http://www.afrik.com/article757.html

[14] Iranian and Kurdish Women Right Organisation = Organisation pour les Droits des Femmes Iraniennes et Kurdes

[15] International Campaign Against Honour Killings = Campagne Internationale Contre les Crimes d’Honneur
http://stophonourkillings.com/index.php

[16] The Gardian, July 4, 2006, “Refugees in the front line of the fight for human rights
http://education.guardian.co.uk/further/story/0,,1811771,00.html

[17] Socialisme International, éditorial du numéro 9, janvier 2004, « Islam et politique ».

[18] http://endehors.org/news/11060.shtml

[19] Encore une fois, ce n’est quasiment que sur la question des revendications des femmes que des gauchistes se posent la question de la « majorité » : se demande-t-on si la majorité est, aux USA, favorable à la peine de mort ou à l’occupation de l’Irak pour les dénoncer ??

[20] Qui est rappelons le, toujours l’idéologie de classe dominante, sauf en cas de crise révolutionnaire.

[21] Cité dans : Exposé du Cercle Léon Trotsky n°97, « les religions et les femmes », 4 février 2005

[22] Exposé du Cercle Léon Trotsky, cité plus haut.

[23] http://www.lesputes.org/feminism.htm

[24] Alexandra Kollontaï, « Marxisme et révolution sexuelle », Editions Maspéro, Paris 1979

[25] L’exemple de l’interdiction de l’excision au Burkina Faso est un très bon exemple. Si l’interdiction n’est pas suffisante, elle est par contre une première étape pour faire reculer cette pratique, en particulier lorsqu’elle est accompagnée d’un travail de sensibilisation sur le terrain. Voir à ce propos un article du « Monde Diplomatique » du mois d’août 2006 :
http://stophonourkillings.com/index.php?name=News&file=article&sid=729

[26] Mansoor Hekmat, « L’islam, le droit des enfants et le voile-gate de Rahe Kargar », 13 juin 1997
http://www.marxists.org/francais/hekmat/works/1997/06/hekmat_19970600.htm

[27] Alexandra Kollontaï, Conférences sur la libération des femmes, Editions La Brèche, Paris 1978

[28] La question de la liberté des femmes, justement, démontre bien la nécessité, en période de crise révolutionnaire, de la dictature du prolétariat. En effet, les « communes libres » réclamées par nos camarades anarchistes ne peuvent pas être un appui suffisant pour extirper les pratiques patriarcales, les justices tribales ou féodales. Au contraire, un Etat ouvrier mondial, avec un système judiciaire et répressif centralisé, permettra de traquer jusque dans les moindres villages des pratiques comme le viol, l’excision, les crimes d’honneur ou les mariages forcés.

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