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 le commerce équitable en question

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Rol
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PostSubject: le commerce équitable en question   Sun Oct 22, 2006 12:54 pm

Bonjour à tou(te)s

Je sais que vais un peu m'eloigner du sujet du forum, mais bon je me lance quand même.

Le commerce équitable qui se donne comme but de rétribuer de façon correcte les producteurs des pays dit du sud, part d'une bonne intention. Mais je sens comme une hypocrisie idéologique la dedans.
Outre le fait qu'il pérénise le capitalisme, puisqu'il s'inscrit en plein dans l'économie de marché, j'aurais voulu avoir des informations un peu plus précises sur le sujet.
Quelles sont les conséquences réelles de ce mode de fonctionnement chez les produteurs ? Quels sont les "risques" pour eux ?
J'ai un peu fouillé sur le net, mais je n'ai pas trouvé grand chose.
Si un camarade avait des textes traitant de ce sujet, j'avoue que je serais preneur, histoire d'enrichir le débat.
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Rol


Last edited by on Sun Oct 22, 2006 4:20 pm; edited 2 times in total
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Pascal
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PostSubject: Re: le commerce équitable en question   Sun Oct 22, 2006 1:18 pm

J'ai trouvé un texte assez intéressant sur la question sur le site "Grioo.com", qui n'est pas un site révolutionnaire ou communiste :
http://www.grioo.com/opinion4667.html

Si le début de l'article est plutôt une définition de ce qu'est le "commerce équitable", je trouve que la conclusion est assez intéressante :
Quote :
Les limites du commerce équitable

Dans le journal 20 Minutes du 29 avril 2005, on peut lire : le commerce équitable « Ce n’est pas de la charité, se défend Soloba Mady Keita, un producteur de coton malien labellisé Max Havelaar. Nous travaillons dur et élaborons un produit de très bonne qualité pour lequel nous recevons une rémunération juste ». Ce prix « juste » a t il été défini par notre producteur. Il est plus facile de parler ainsi quand on a un séjour tout frais payé en France. Qui à sa place ferait le contraire ? Dans les chiffres cités plus haut, on peut remarquer que ces millions d’euros ne retournent pas dans les pays du Sud. Une contrainte est aussi le fait que les producteurs qui souhaitent être labellisés n’ont vraiment pas de marge de manœuvre. Il y a déjà un cahier de charge à respecter.

De plus, la majorité des produits du commerce équitable sont destinés à l’exportation. On retombe donc dans le cas où les productions du Sud sont fonction de la demande du Nord. Le commerce équitable n’envisage pas non plus la transformation des produits sur place. Il crée donc plus d’emplois et de richesses dans les pays du Nord qui refuse de baisser leurs taxes douanières. Pourtant ZOA Dieudonné dans son livre Renaissance panafricaine des peuples nègres cite une étude intéressante : « Selon l’organisation britannique OXFAM, les recettes des exportations pour l’ensemble des pays du tiers-monde pourraient augmenter de 700 milliards de dollars par an si les pays riches ouvraient leurs marchés. L’on estime que cette somme représente environ 12 % du PIB (Produit Intérieur Brut) des pays en développement et à peu près dix fois le montant de ce qu’ils reçoivent sous forme d’aide. Cette somme pourrait bien générer la croissance, les emplois et l’investissement nécessaires pour faire reculer la pauvreté dans nos contrées. »

On peut même se demander pourquoi les produits du Sud ont ils besoin d’un label des occidentaux pour rentrer sur leurs marchés ? A quand un commerce équitable du pétrole, du bois, de minerai et autres ressources du sol et du sous-sol africain ? Les grandes surfaces en Europe s’engagent pour le commerce équitable pour avoir bonne image d’autant plus qu’une majorité de consommateurs européens sont à la recherche d’éthique et de bonne conscience. Le commerce équitable veut éliminer le plus grand nombre d’intermédiaire entre le producteur et le consommateur. Ces intermédiaires africains et sud américains sont ils remplacés par ceux du Nord ? Les entreprises et agriculteurs occidentaux ont ils besoin de label pour exporter leur produits en Afrique ? Pourtant nous savons que ce dumping crucifie les paysans du Sud. A imaginer que les produits du commerce équitable soient vraiment un moyen de développement. Le jour ils deviendront compétitifs que feront les Européens si leur marché est menacé. Je vous renvoie au débat qui a lieu en ce moment sur le textile chinois. Certaines PME et ONG reçoivent des subventions du Ministère des Affaires Etrangères Français et de la Commission Européen. On peut donc imaginer que le commerce équitable répond à une nouvelle politique impérialiste qui a changer de forme mais surtout pas de fond. Pendant ce temps que font les ONG ou associations de la diaspora africaine ?

Sinon, un article pas mal sur le sujet paru dans "Lutte Ouvrière" (17 juin 2005) :
Quote :
Le «commerce équitable» entre utopie et mystification

Le «commerce équitable» est dans l’air du temps. Du 15 avril au 15 mai 2005, comme chaque année à la même époque, une quinzaine lui a été consacrée pendant laquelle on a pu voir des publicités vantant ses bienfaits pour les petits paysans d’Amérique du Sud, d’Asie du Sud-Est ou d’Afrique.

Quand ce type de commerce a commencé dans les années 1960, on parlait de commerce «alternatif». Des boutiques spécialisées comme celles d’Artisans du Monde proposaient, et proposent encore aujourd’hui, des tissages, des rotins et autres produits artisanaux ainsi que des produits alimentaires en provenance des pays pauvres. L’idée des fondateurs -des ONG- était d’appuyer des organisations de petits producteurs et artisans en leur ouvrant des marchés et en leur payant leur production artisanale à des tarifs dits équitables. Puis, à la fin des années 1980, est apparu le label Max Havelaar qui orne la plupart de ces produits: café, cacao, thé, riz, banane, ananas, etc. Un label qui est à lui seul tout un symbole puisque c’est le nom du héros d’un roman qui dénonce l’oppression des cultivateurs de café en Indonésie...

Le «commerce équitable» part d’un bon sentiment. Ses initiateurs, révoltés par la misère dans laquelle les petits producteurs des pays pauvres sont contraints de survivre du fait de la rapacité des trusts de la distribution, proposent d’y pallier par la mise en place de structures d’achat s’engageant à assurer une «juste rémunération» de ces agriculteurs et artisans afin, disent-ils, de leur permettre de satisfaire leurs besoins en matière de santé, d’éducation, de logement... Et, à l’autre bout de la chaîne, ils demandent donc aux consommateurs d’accepter de payer plus cher leurs produits et d’exprimer ainsi leur solidarité avec les plus démunis. Au Brésil, en Équateur et ailleurs le «commerce équitable» a ainsi permis l’accès à l’eau potable dans un village, la création de classes d’école dans un autre ou d’un hôpital ailleurs. Tant mieux pour ceux qui ont pu accéder ainsi à des conditions de vie un peu plus décentes. Mais combien sont-ils? Sur le milliard et demi d’hommes et de femmes qui survivent aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté, il y en aurait cinq millions qui seraient concernés par ce système, c’est-à-dire... 0,3%!

«Nous voulons avoir une certaine forme de démocratie sur le marché en créant un système où le producteur et le consommateur se mettent d’accord démocratiquement. Le producteur obtient suffisamment pour vivre décemment et le consommateur trouve un bon produit (...)» déclarait récemment un des fondateur du label Max Havelaar.

Dans le meilleur des cas, on pourrait le taxer d’utopie. Mais c’est aussi une tromperie qui s’appuie sur la générosité de nombre de consommateurs qui sont prêts à dépenser plus, quand ils en ont les moyens, dans l’espoir de panser quelques plaies dans les pays pauvres. Et c’est surtout une véritable mystification qui fait mine d’oublier que l’économie mondiale ne se résume pas à un marché du dimanche entre petits producteurs et consommateurs. Entre eux, il y a les trusts internationaux de l’agro-alimentaire qui fonctionnent, comme toutes les grandes entreprises industrielles de ce monde, en fonction non pas des besoins des populations, mais des profits de ces entreprises. Et on ne transformera pas les conditions de vie indignes des populations des pays les plus pauvres sans s’attaquer à cette logique du profit.

Par contre, dans un monde où les idées généreuses des uns sont utilisées sans vergogne pour permettre à d’autres de faire du profit, on voit les grandes surfaces, qui n’ont pourtant rien d’entreprises philanthropiques, mettre en rayons des produits «équitables», puisqu’il y a un marché pour cela. Et on voit aussi de grands trusts internationaux se servir de ces produits pour tenter de se blanchir. C’est ainsi que le groupe hôtelier Accor, à qui appartiennent les hôtels haut de gamme Sofitel, Mercure et autres Novotel, se paye le luxe de soutenir le commerce équitable en servant à leur clients du café, du thé et du chocolat Max Havelaar! Un des leaders mondiaux de l’hôtellerie utilisant le «commerce équitable» pour sa communication, ce n’est la moindre des duperies de celui-ci.

Sophie GARGAN

Si aux origines, il me semble que le "commerce équitable" était surtout le fait d'associations type "artisans du monde", ce label est devenu (comme des labels type "bio") une sorte de moyen utilisé par des grands groupes capitalistes pour augmenter leurs profits tout en se donnant une bonne image. L'exemple du groupe Accor est tout à fait significatif : voilà un groupe connu pour exploiter ses salariés, qui se fait du fric en mettant des chambres à proximité d'aéroport à disposition de la machine à expulser, et qui contrôle la quasi-totalité du secteur hôtellier dans des pays comme le Togo et participe au pillage impérialiste des pays d'Afrique.

Bref, Accor se donne une "bonne image" alors que les actionnaires de ce groupe sont justement des membres de cette minorité qui s'engraissent grâce à l'exploitation capitaliste.

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PostSubject: Re: le commerce équitable en question   Sun Oct 22, 2006 4:37 pm

Accor est un exemple parmi d'autre. J'ai lu que Mc Donald en Suisse servait du café équitable dans ses boites. Visiblement on ne peut pas parler de solidarité, mais plutôt d'image dans un pays très attaché au principes du libéralisme.

Quote :
Objections au commerce équitable

par Vincent Cheynet* et Bruno Clémentin**
* Rédacteur en chef de la revue La Décroissance
**Président de l'Institut d'études économique
et sociales pour la décroissance soutenable (IEESDS), France.

Le commerce équitable apparaît comme une action empreinte de la meilleure volonté, œuvrant pour un monde plus juste et plus humain. Émettre des objections à l’encontre de cette entreprise peut rapidement renvoyer à la posture de l’ultralibéral, de l’égoïste ou de la personne dénuée de conscience.

Pour comprendre cette critique, nous devons tout d’abord rappeler le mécanisme de mondialisation, entendu comme marchandisation du monde. La première étape de la globalisation est un processus culturel. On diffuse les « valeurs » des sociétés de consommation grâce aux médias dans les pays dit « sous-développés ». On forme et on corrompt les élites de ces pays en leur donnant mission d’intégrer leur pays dans le processus de globalisation. La masse des paysans — et des artisans — qui composent dans leur immense majorité ces pays sont un frein à la mondialisation. En effet, ceux-ci pratiquent de manière séculaire l’autosuffisance, fondée sur une agriculture vivrière, c’est-à-dire locale et servant d’abord à faire vivre leur communauté, les produits d’échange constituant généralement une ressources marginale et secondaire. Pour importer des armes, achetées aux pays riches, ou d’autres biens de consommation, les élites doivent réduire ce type de production au profit de cultures de rapport, à la valeur ajoutée la plus importe possible et échangeables sur le marché mondial. Les cultures traditionnelles sont ainsi abandonnées pour des productions destinées à être exportées. Ainsi, des peuples qui vivaient dans la pauvreté — mot entendu dans son sens traditionnel — sont jetés dans un processus qui leur échappe et les renvoie à la misère, ainsi que l'a décrit Majid Rahnema (1), à la déstructuration humaine et sociale, à la destruction écologique.

Devant cette catastrophe, des ONG occidentales ont développé le concept de commerce équitable, ceci afin de « corriger » les effets dévastateurs de la globalisation. Face à cette stratégie, nous avions émis une série d’observations. Cette critique n’a rien d’original. Elle a été développée par tout un courant de pensée. Ivan Illich hier ou Serge Latouche (2) aujourd’hui en sont les figures les plus connues.

La première objection est que le « commerce équitable » est inéquitable. En effet, pour qu'un échange soit réellement équitable, les conditions de protection sociale et de rémunération des individus qui produisent devraient être identiques à celles des personnes qui consomment. Malheureusement, dans le cadre d’une entreprise de « commerce équitable », les conditions de production et de protection sociale entre le consommateur du Nord et le producteur du Sud sont foncièrement inéquitables. Toute la chaîne de commercialisation, dans les mêmes proportions que le commerce "normal", transport, transformation et vente, génère une nouvelle valeur ajoutée, considérable par rapport au prix de revient de la production, qui ne bénéficie toujours pas au producteur. Ce commerce est donc « moins inéquitable ». Le qualifier d’« équitable » est une publicité mensongère.

Deuxièmement, le commerce équitable en vient à parfaitement légitimer le processus de mondialisation. En ne s’attaquant qu’aux conséquences et non aux causes de la misère, il cautionne le mécanisme de marchandisation du monde. Les solutions s’attaquant à la racine des problèmes, comme la relocalisation de la production et de la consommation, s’éloignent alors. La capacité de chaque peuple à assurer son autosuffisance alimentaire (qui participe de sa sécurité alimentaire) en vient à passer au second plan. Pourtant, la priorité, l’urgence, sont bien là. Elles sont pour les paysans du monde de se défaire des cultures de rapport imposées par le « big business », ceci afin de retrouver des cultures vivrières (José Bové s’est largement exprimé sur cette problématique dans nos pays).

La troisième objection est à notre sens aussi importante. Afin de légitimer sa stratégie, le « commerce équitable » possède une très fâcheuse tendance à propager l’idéologie de soumission. Le processus de marchandisation du monde est malheureusement présenté par ses militants comme un phénomène inéluctable, à la manière de nos économistes néolibéraux. « Quant à Porto Alegre, on ne prêche plus contre la mondialisation mais pour une autre mondialisation. » (3) Vouloir s’attaquer au fondement de la globalisation relèverait d’une attitude vaine. Il serait inutile de vouloir résister. Souvent, des entrepreneurs du commerce équitable, rejoignant ainsi les chantres de la société de consommation, en viennent à psychologiser leurs contradicteurs en qualifiant leur approche d’ « utopique » ou de « rêverie ». C’est la dialectique de la « pensée unique » qui est ainsi malheureusement confortée par les militants du commerce équitable. Pourtant, des expériences, telles que celles menées par Pierre Rabhi au Burkina-Faso, ont démontré la faisabilité et la pérennité des politiques de réappropriation, par des communautés, de leur souveraineté alimentaire.

Nous faisons d’autres observations. Le commerce équitable favorise la concurrence déloyale. Produits dans des conditions « moins inéquitables », quelquefois diffusés par des réseaux militants, ses produits entrent en concurrence directe avec des produits locaux, comme le miel ou certains produits textiles.

Le commerce équitable ne tient pas compte des coûts écologiques. Consommer des produits tropicaux, qu’ils soient issus du commerce équitable ou non, induit la consommation et la combustion de pétrole puisqu’il faut transporter ces marchandises. De plus, des produits comme le miel, le riz, les textiles ou des fleurs que nous produisons, ou avons la capacité de produire, voient leur production délocalisée sous couvert d’éthique, et leur impact écologique est ainsi démultiplié. Ensuite, les restes de ces produits, qui constituent un humus nécessaire à la régénération des sols, sont perdus pour les pays producteurs. La consommation de produits tropicaux participe aussi à l’appauvrissement de la biodiversité de notre production (et de notre culture) : la diversité des fruits se traduit par une perte de variété des espèces locales.

Dans le cas de Max Havelaar, le commerce équitable cautionne la grande distribution, quand ce n’est pas la « malbouffe ». Ainsi, en Suisse, la marque est présente dans les MacDonald’s. Que pourraient rêver de plus efficace les multinationales Auchan, Carrefour pour légitimer un mode de distribution productiviste avec toutes ses conséquences sociales, humaines et environnementales ? Rappelons simplement qu’à cause des grandes surfaces, entre 1966 et 1998, selon l'INSEE, la France a perdu 17 800 boulangeries-pâtisseries (44%), 73 800 épiceries (84%), 3500 fromageries (76 %), 1 300 librairies, etc. Les publicitaires au service des firmes de la grande distribution ne manquent pas bien sûr de mettre en avant les produits issus du « commerce équitable ». Cette part infinitésimale de leur chiffre d’affaires leur permet de légitimer l’ensemble de leur commerce. Max Havelaar Suisse distribue depuis mars 2003, le thé, le chocolat chaud et sept cafés Max Havelaar dans les MacDonald's. Il faudrait être bien naïf pour ne pas comprendre tout l’intérêt que McDo peut retirer de cette opération de communication. Que représenteront ces quelques tasses de chocolat ou de café à côté des dégâts engendrés par la « malbouffe » ?

D’autres objections sont opposables au commerce équitable. Nous pouvons citer la traçabilité : pour être véritablement équitable, un produit devrait être confectionné le plus localement possible. Impossible en effet de s’assurer des conditions écologiques et sociales d’une denrée cultivée à 20 000 kilomètres de chez soi. Bien sûr, il serait tout aussi absurde et irresponsable de rejeter brutalement toutes les actions entreprises au nom du concept de commerce équitable. Mais nous devons nous demander si celui-ci ne correspondrait pas à une sorte de charité mondiale, qui aurait pris le pas sur notre désir de justice. De plus, comme l’arnaque sémantique du « développement durable », le commerce équitable constitue lui aussi un oxymore, c’est-à-dire la juxtaposition de deux termes contradictoires. En effet, le commerce a ses propres règles, qui sont celles de l’économie. L’équité, elle, appartient à la dimension politique, qui doit tendre à maîtriser le processus économique. Nous savons qu’il va nous être reproché d’avoir une vision autarcique, voire nationaliste. C’est oublier que si les marchandises franchissent sans cesse davantage les continents, beaucoup de nos contemporains au Sud se trouvent confinés dans des espaces desquels il leur est de plus en plus difficile de s’extraire. Nous souhaitons le contraire : la liberté pour les hommes, et des marchandises et une alimentation produites localement, participant à l’enrichissement culturel des peuples.
Vincent Cheynet & Bruno Clémentin

Ce texte n'est pas trop mal, bon il a des aspects un peu puants (normal quand on voit qu'il a été rédigé par un des "adeptes" de la théorie de la décroissance...)
Néanmoins il pose quelques questions intéressantes, comme celle de l'abandon des cultures vivirères pour les cultures commerciales, ce qui renforce l'attachement croissant de ces paysans au marché.
De là leur argumentation autour du rattachement de ces paysans à l'économie de marché (et donc leur contrôle...) est assez pertinient il me semble.
Par contre je n'ai toujours pas trouvé de données sur cet aspect de l'abandon des cultures vivrières. J'ai cru comprendre que dans certains cas comme celui des producteurs de quinoa en Bolivie, celà posait de gros problème, les paysans préférant vendre toute la quinoa qu'ils produisent au lieu d'en garder une partie pour leur usage personnel.
Si quelqu'un avait des infos sur cet aspect du problème...
A vous lire
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Pascal
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PostSubject: Re: le commerce équitable en question   Sun Oct 22, 2006 6:33 pm

Quote :
Par contre je n'ai toujours pas trouvé de données sur cet aspect de l'abandon des cultures vivrières. J'ai cru comprendre que dans certains cas comme celui des producteurs de quinoa en Bolivie, celà posait de gros problème, les paysans préférant vendre toute la quinoa qu'ils produisent au lieu d'en garder une partie pour leur usage personnel.
Si quelqu'un avait des infos sur cet aspect du problème...
Sans avoir d'exemples concrets sur le sujet, il me semble que c'est relativement simple à comprendre : dans le "commerce équitable", le marché c'est celui des salariés aisés et des petits-bourgeois des pays du Nord et les producteurs les paysans des pays du sud, bref cela ne permet en rien au pays dominés d'obtenir une indépendance alimentaires par rapport à l'impérialisme.
Cela dit, ça amène une autre question : dans le cadre d'un marché capitaliste mondial cette indépendance est-elle réalisable ?
C'est là tout le problème du texte des "objecteurs de croissance" que tu cites : leur critique est franchement réactionnaire avec leur mythe du retour à l'âge d'or du petit artisanat...

Sinon un truc qui pourrait t'intéresser, c'est... le blog d'Edouard Leclerc qui parle beaucoup, beaucoup du "commerce équitable" :
http://www.michel-edouard-leclerc.com/blog/m.e.l/archives/developpement_durable/commerce_equitable/index.php

Et une perle, qui montre bien le marché que constitue ce label pour les actionnaires du "commerce équitable" (interview du fondateur d'Alter-Eco) :
Quote :
J’ai voulu qu’Alter Eco soit créatrice de lien social à travers une fonction banale et quotidienne : l’achat. Pour tous ceux qui veulent changer le Monde avec leur caddie, sans pour autant faire la Révolution !
scratch
Je trouve que cela reflète bien toute l'idéologie de ce "commerce équitable" : proposer de "changer le monde" par l'acte individuel et non pas par l'action collective, ce qui est typiquement petit-bourgeois, mais aussi le meilleur moyen pour ne rien changer du tout.

Et puisque Leclerc se la joue "équitable", c'est une boîte qui par ailleurs s'asseoit sur les droits des travailleurs :
Quote :
Séquestration de salariés chez Leclerc

La direction d’un hypermarché de Montbéliard a enfermé soixante employés pour les soustraire à un contrôle de l’Inspection du travail.

Dans le scénario d’un mauvais film de série B, l’histoire eut été risible. Sortie de la fiction, elle se fait abjection. Alors que leur direction avait exigé leur présence nocturne pour inventorier l’hypermarché, soixante salariés du Leclerc de Montbéliard (Doubs) se sont retrouvés enfermés pendant plusieurs heures à l’intérieur d’une réserve exiguë du magasin, dans l’obscurité totale... Avec interdiction formelle de discuter ou de téléphoner sous peine de se faire licencier ! «On a été traité comme peuvent l’être des travailleurs clandestins», confie, sous couvert d’anonymat, un employé.

Le vendredi 30 juin, surpris en plein inventaire par un contrôle inopiné de la Direction du travail et de l’Urssaf, les dirigeants de la grande surface paniquent. Selon les témoignages de salariés, pendant qu’un responsable retient tant bien que mal les agents à l’entrée, d’autres disparaissent dans les rayons et ordonnent aux membres du personnel présent de les suivre sans bruit avant de les cadenasser dans une pièce close, au milieu des cartons de vêtements. Sans aucune explication.

Le contrôle ne dure en tout qu’une trentaine de minutes, les inspecteurs du travail ne relèvent à première vue rien d’anormal. Mais, alertée par des accusations répétées d’heures supplémentaires impayées, la direction départementale du travail n’enquête pas depuis mars 2005 pour rien. En compagnie des forces de l’ordre, elle reste aux abords du Leclerc. Leur patience finit par payer. «Par petits groupes», les salariés sont «libérés» avec pour consigne de dire «que l’on a respecté nos horaires», explique un autre salarié dans les colonnes de l’Est républicain. Sur le coup, «beaucoup d’entre eux mentent, mais d’autres craquent», résume Maxime Guillemin, responsable CGT, qui n’exclut pas que son syndicat porte plainte au pénal pour séquestration «si des salariés le souhaitent».

Pour l’instant, la direction départementale du travail vient de déposer sur le bureau du procureur de la République un dossier dense sur les «irrégularités et infractions» constatées dans la grande surface. En plus de «l’entrave au travail des inspecteurs», l’enquête soulève deux autres fautes : une sur les salaires, l’autre sur les horaires. «Des employés ont effectué des heures gratuites de manière courante, ce qui bien évidemment n’était pas notifié sur leurs contrats», explique-t-on du côté de la direction départementale du travail.

Subitement, dans le courant de l’été, Bernard Canonne, le PDG franchisé de l’hypermarché, supprime les primes d’intéressement et ce «tant que les mouchards qui sont allés avertir l’inspection ne se dénoncent pas», répètent des salariés excédés. Car déjà, en début d’année, ils avaient vu abroger la réduction de 3% auxquels ils avaient droit à la caisse pour leurs achats. «Depuis un an, affluent vers nous des personnes au bord de la dépression, épuisées par des mois d’humiliation au travail, qui viennent de se faire licencier, pour un oui ou un non, sur des motifs de fautes graves plus que bancales», raconte Cyril Keller, le secrétaire de l’union locale CGT. Le syndicaliste parle de «150 licenciements abusifs» en quatre années de «règne Canonne». Une trentaine de victimes envisagerait ainsi de monter une association afin de mieux pouvoir peser dans la procédure judiciaire qui s’amorce. «Du bricolage pour s’organiser collectivement, vu que la direction refuse d’organiser l’élection des représentants du personnel malgré l’obligation légale», explique Cyril Keller. Direction qui n’a pas souhaité s’exprimer sur les événements.

Il y a quelques mois, une vingtaine de salariés, bravant le risque de représailles, a écrit à Michel-Edouard Leclerc pour l’avertir de la situation dans le magasin de Monbéliard. La lettre se terminait par un appuyé «Nous espérons que vous saurez nous entendre». L’accusé de réception s’est sûrement égaré.

(Source : L'Humanité, 2 octobre 2006)

Et dans le même genre :
Quote :
La CGT confirme. Sur neuf hypermarchés dans le Doubs, toutes enseignes confondues, le syndicat n'est implanté que dans trois établissements. «C'est dû à la précarité, aux bas salaires, affirme François Gaugy, responsable départemental du commerce CGT. 70 à 80 % des salariés sont à temps partiel, souvent subi. On leur dit : "Je te laisse faire des heures supplémentaires s'il n'y a pas de vagues". Dès qu'on s'inscrit sur une liste syndicale, on sait qu'on n'aura pas d'avancement. Suivant les directeurs, c'est brimades, changement de rayon ou d'horaires. Les heures supplémentaires, c'est très répandu dans les enseignes, surtout au niveau des caisses. Les gens ont le réflexe de venir nous voir, mais ils ne veulent surtout pas qu'on intervienne. Des dames nous disent : "Je fais 20 heures par semaine, j'ai une fille à élever, alors surtout, ne faites rien !" Quand on entend ça, on a tout compris...»
Libération, 20 Octobre
http://www.liberation.fr/actualite/economie/211860.FR.php

Bref, commerce "équitable" ou pas, pour les travailleurs c'est toujours l'exploitation...

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PostSubject: Re: le commerce équitable en question   Sun Oct 22, 2006 8:38 pm

Oui surtout si tu penses que les producteurs dans les pays du "sud" doivent investir beaucoup pour pouvoir avoir la labellisation.
On est d'accord sur le fait que le commerce équitable reste une forme d'exploitation, même si elle est camouflée sous une excuse éthique.
Sans parler comme tu le fais des conditions de travail dans la grande distribution, l'exploitation est énorme dans les pays producteurs, surtout quand on sait que ces produits sont transformés dans les pays développés, alors que pour le développement des pays producteurs, il faudrait que celà se fasse chez eux. Celà permettrait de mettre en place une industrie.
Enfin bon le problème reste complexe, car la mise en place de ces filières de transformation générerait forcément du chômage ici. Bon j'arrête mes réflexions à 2 balles.

Pour le problème dont je parlais dans mon précédent post, je sais que c'est largement logique, mais j'aurais aimé trouver des textes qui décrivent la situation.

Quote :
Cela dit, ça amène une autre question : dans le cadre d'un marché capitaliste mondial cette indépendance est-elle réalisable ?

Je pense qu'elle est réalisable, mais est-elle souhaitée, c'est autre chose. En effet, maintenir les gens dans la misère est un bon moyen pour les capitalistes locaux de drainer autour d'eux des forces politiques pour s'emparer d'un pouvoir souvent instable. C'est aussi un bon moyen de maintenir des populations dans l'obéissance, le ventre vide, on fait beaucoup moins de choses. Quand on sait que les famines sont organisées et provoquées, que la famine "naturelle" n'existe plus...
Bon je crois qu'on s'éloigne un peu du sujet de départ mais bon.
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PostSubject: Re: le commerce équitable en question   Mon Oct 23, 2006 10:51 am

Il y a un vieux texte qui me surprend à chaque fois que je le relis par sa modernité...

Ces quelques phrases ne semblent-elles pas avoir été écrit justement pour tous ceux qui parlent de "commerce équitable", de "taxation des profits financiers", et de toute cette mouvance "alter-capitaliste" ?

Quote :
Une partie de la bourgeoisie cherche à porter remède aux anomalies sociales, afin de consolider la société bourgeoise.

Dans cette catégorie, se rangent les économistes, les philanthropes, les humanitaires, les gens qui s'occupent d'améliorer le sort de la classe ouvrière, d'organiser la bienfaisance, de protéger les animaux, de fonder des sociétés de tempérance, bref, les réformateurs en chambre de tout acabit. (...)

Les socialistes bourgeois veulent les conditions de vie de la société moderne sans les luttes et les dangers qui en découlent fatalement. Ils veulent la société actuelle, mais expurgée des éléments qui la révolutionnent et la dessolvent. Ils veulent la bourgeoisie sans le prolétariat. (...)

Le libre-échange, dans l'intérêt de la classe ouvrière ! Des droits protecteurs, dans l'intérêt de la classe ouvrière ! Des prisons cellulaires, dans l'intérêt de la classe ouvrière ! Voilà le dernier mot du socialisme bourgeois, le seul qu'il ait dit sérieusement.

Car le socialisme bourgeois tient tout entier dans cette affirmation que les bourgeois sont des bourgeois - dans l'intérêt de la classe ouvrière.

C'est un extrait du Manifeste du Parti Communiste, écrit par Marx et Engels en... 1848

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PostSubject: Re: le commerce équitable en question   Sat Nov 04, 2006 1:43 pm

Quote :
Le libre-échange, dans l'intérêt de la classe ouvrière ! Des droits protecteurs, dans l'intérêt de la classe ouvrière ! Des prisons cellulaires, dans l'intérêt de la classe ouvrière ! Voilà le dernier mot du socialisme bourgeois, le seul qu'il ait dit sérieusement.

C'est exactement le discours de la "gauche alternative" en France à la recherche d'un candidat rassembleur pour l'élection présidentielle.

A quand la lecture obligatoire du "Manifeste Communiste" de Marx dans les écoles??? Very Happy
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Bruno
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PostSubject: Re: le commerce équitable en question   Mon Nov 06, 2006 9:05 pm

Je suis pas tout à fait d'accord avec la vision que vous avez donné des partisans de la decroissance que je n'estime pas être reactionnaire (sauf si on prend le mot dans le sens de "traditionalisme de la terre", mais on peut aller loin...), sans doute sectaire, mais ne l'êtes vous pas aussi? (Ne le suis je pas aussi?...si) Comme ce n'est pas le sujet je ne vais pas epiloguer...
Le problème du commerce équitable est je pense qu'avant tout il ne remet pas en cause le capitalisme, on ne peut pas parler dans les coopératives qui l'appliquent de juste repartition des salaires et encore moins de production "de chacun selon ses moyens". Donc il s'agit de donner bonne figure à un commerce mondial en pleine dereglementation...
Mais je pense qu'il serait injuste de penser que certains ne travaillent pas dans le domaine "équitable" afin d'aider à developper un commerce et une production plus juste, plus humaine: idéologie reformiste en somme.
Ma question est un peu étrange, mais alors ne peut on pas condamner certaines ONG, qui ne font que "colmater les brèches", prêcher la bonne parole et eviter au fond toutes révoltes...?
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le commerce équitable en question
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