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 La Turquie, le génocide arménien et l'Union Européenne

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Pascal
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PostSubject: La Turquie, le génocide arménien et l'Union Européenne   Wed Oct 25, 2006 12:36 pm

Voilà pour commencer un article sur le sujet dont je partage l'analyse (tribune de la fraction l'Etincelle parue dans "Lutte Ouvrière" du 20 octobre) :

Quote :
Génocide arménien et minus habens socialistes

L’assemblée nationale française a adopté, le jeudi 12 octobre en première lecture, un projet de loi du Parti socialiste rendant passible de peines de prison la négation du génocide arménien de 1915 (s’ajoutant à une première loi socialiste de 2001 reconnaissant ce génocide). Tollé dans les sphères politiques turques. Quelques centaines de personnes ont protesté devant l’ambassade de France à Istanbul. Le Premier ministre turc, Erdogan, a dénoncé une «éclipse de la raison» des parlementaires français. Et des patrons turcs ont annoncé la suspension de contrats avec des entreprises hexagonales, menaçant également -c’est la mode- de boycotter les produits français.

Le génocide arménien est un tabou d’État en Turquie. Sur fond de première guerre mondiale et de visées rivales des impérialismes allemand et anglo-français sur l’empire ottoman, l’État turc (pro-allemand) prétexta de velléités séparatistes (et pro-alliés) des Arméniens pour donner le feu vert de leur extermination. C’était en avril 1915. Arrestations, puis déportations massives, puis massacre de près d’un million et demi de personnes, quasiment les deux tiers de la population arménienne de Turquie. Depuis, l’État turc non seulement refuse de reconnaître ce fait, mais il poursuit ceux qui le dénoncent. La loi 301, qui punit les «atteintes à l’identité turque», est régulièrement utilisée pour intimider ceux qui évoquent le génocide. Le dernier prix Nobel de littérature, Orhan Pamuk, a ainsi été menacé pour avoir osé l’évoquer.

Les cuisines douteuses du PS

Que le régime turc ait été et demeure une dictature, contre les peuples arménien ou kurde, mais aussi contre la classe ouvrière et ses militants politiques et syndicaux, c’est indéniable. Mais cela ne saurait blanchir le PS. Il n’est guère plus ragoûtant -dans sa catégorie. Son premier objectif, en cette période préélectorale, est clairement de faire une OPA sur les votes de la communauté arménienne de France. Avec son demi million de personnes, elle représente un pactole non négligeable. L’opération vise également l’ensemble de l’électorat réactionnaire français. Avec leur loi, les socialistes font un clin d’œil appuyé à tous ceux qui sont sensibles aux préjugés anti-Turcs. Lors du référendum européen du 29 mai dernier, le rejet de l’entrée de la Turquie dans l’Europe avait été un des filons des partisans les plus réactionnaires du Non. Le PS, défenseur malheureux du Oui, trouve aujourd’hui une façon de se repositionner. Et c’est bien dans ce sens que Ségolène Royal est allée lorsque, interrogée sur un éventuel référendum sur l’entrée de la Turquie en Europe, elle a hypocritement répondu que son opinion sur le sujet serait «celle du peuple français». Avec ces concessions aux préjugés xénophobes, ce n’est même plus après Sarkozy que court le PS, c’est après de Villiers, le vicomte champion de la croisade anti-turque!

Les socialistes doublent ainsi Chirac sur sa droite. Lui-même avait fait vibrer cette corde pourrie en déclarant lors d’une visite récente en Arménie, que la reconnaissance du génocide par la Turquie devait être «une condition de [son] entrée dans l’Europe». Il a dû faire depuis un pas en arrière, téléphonant même à Erdogan pour «s’excuser». C’est que les intérêts patronaux français mettent en l’occurrence des bornes à la démagogie de Chirac: comme le lui a rappelé sa ministre déléguée au commerce extérieur, «la Turquie est un enjeu économique très important pour la France, avec [...] un peu plus de 5 milliards [d’euros] d’exportations chaque année». 350entreprises françaises sont présentes en Turquie, dont un tiers de grands groupes, et certaines s’inquiètent pour leurs contrats comme Areva (en lice pour la construction de trois centrales nucléaires), Airbus (qui compte sur une promesse d’achat de 3milliards d’euros), ou Eurocopter (qui espère bien vendre 52hélicoptères militaires... en attendant la condamnation française, un jour, du massacre des Kurdes par l’armée turque?).

La mémoire et ses trous

N’étant pas, ou pas encore, aux affaires, le PS n’est pas soumis pour l’heure aux contraintes de Chirac. Alors, puisque les socialistes sont d’humeur à faire les belles âmes sur les horreurs contre les peuples, pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Ce ne sont pas les massacres d’État qui manquent, même plus près qu’Ankara. Pourquoi ne pas condamner officiellement la guerre d’Algérie, avec ses largement plus de 500000 morts? Le PS se laisserait-il arrêter par le fait que cette guerre, ses massacres et ses tortures, a été décidée sous le socialiste Guy Mollet, fort du soutien de son ministre de l’Intérieur, le (futur) socialiste Mitterrand? Encore plus près dans le temps, rien à dire du génocide rwandais de 1994, dans lequel l’État français a soutenu le régime exterminateur de 800000 Tutsis? Le PS se laisserait-il arrêter par le fait que le Président s’appelait Mitterrand -encore lui?

Les poses vertueuses du PS n’ont qu’un temps -celui de revenir aux commandes de l’État impérialiste français. Pour y gérer lui-même des crimes qui n’ont rien à envier à ceux que dénonce leur projet de loi du 12 octobre.

Benoît MARCHAND

Que le génocide arménien ait été une barbarie, bien sûr... mais l'Etat turc n'est malheureusement pas le seul Etat qui est un passé sombre d'atrocités, de massacres, etc... Comme le montre cet article, aucun Etat actuellement membre de l'Union Européenne n'a dû, pour adhérer, reconnaître ses crimes coloniaux. Et il ne me semble pas qu'il y ait de pressions, par exemple, pour que la Roumanie reconnaisse le génocide des tsiganes commis par le régime d'Antonescu de 1940 à 1944. La France elle-même ne reconnaît pas officiellement ce génocide, commis, comme le génocide juif, avec la complicité et la participation des forces de l'appareil d'Etat français.

De plus, depuis que la question de l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne est posée, on doit supporter, régulièrement, des campagnes aux relents racistes contre cette adhésion de la part de politiciens de tous bords. Comme on pouvait le lire dans le mensuel "Lutte de classe" de mars 2005 (en pleine campagne "anti-turque") :
Quote :
La question de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne a offert aux politiciens français l'occasion de se lancer dans une de ces polémiques de bas niveau dont ils ont le secret et dont l'enjeu réel n'a que bien peu de rapport avec la question posée. Faut-il ou non admettre dans l'Union ce pays à majorité musulmane peuplé de 70 millions d'habitants et dont la plus grande partie, selon des critères géographiques arbitraires, se situe en Asie? C'est l'occasion, pour une partie de ces politiciens, de tenter d'exploiter à leur profit les préjugés réels ou supposés d'une fraction de l'opinion.
Ainsi, pour les uns, admettre dans l'Union ce pays musulman serait nier les « valeurs chrétiennes » communes à l'Europe. Pour d'autres ou pour les mêmes, du fait de sa position géographique ou de son histoire, la Turquie décidément ne serait pas « européenne » et ne pourrait donc sincèrement partager les mêmes « valeurs » et préoccupations que les autres pays de l'Union. Certains invoquent aussi les droits de l'homme peu respectés dans ce pays, le génocide arménien de 1915 et la répression des aspirations nationales de la minorité kurde; autant de préoccupations qui seraient louables si elles étaient sincères et si elles n'étaient pas bien malvenues de la part de représentants d'un État comme la France, responsable de nombreuses guerres coloniales, comme en Algérie, qui ont fait au moins quelques millions de morts.
Dans ce débat politicien le véritable enjeu n'est pas la Turquie et son éventuelle adhésion à l'Union européenne, qui n'est qu'un prétexte. Le but est seulement de tenter de séduire telle partie de l'électorat que l'on suppose inquiète à l'idée de la venue en France de nombreux immigrants turcs, plus ou moins suspects d'intégrisme islamiste, au sein desquels pourraient même se recruter des « terroristes » pouvant représenter un danger pour la population française, etc. Il s'agit aussi tout simplement de tenter de s'appuyer sur un vieux fond de sentiments nationalistes, d'hostilité au monde musulman, à l'étranger en général, à l'Europe accusée de n'apporter que mondialisation de l'économie et délocalisations, concurrence exacerbée de pays à bas coût de main-d'œuvre, crise économique et chômage.
Qu'importe alors aux uns et aux autres si ce faux débat amène quelques contradictions? On voit Chirac se prononcer pour l'entrée de la Turquie dans l'Union alors que son propre parti l'UMP se prononce contre, cherchant à concurrencer sur leur propre terrain des démagogues d'extrême droite comme Philippe de Villiers ou Le Pen. Dans l'opposition on voit aussi un Fabius se prononcer contre l'entrée de la Turquie dans l'Union alors que les dirigeants majoritaires du Parti socialiste sont pour. L'important pour tout ce beau monde est de tenter de s'appuyer sur le courant de préjugés réactionnaires qu'il estime « porteur »; quitte à se dire qu'il sera bien temps de se recentrer si, demain, il devient nécessaire de prendre la responsabilité politique d'une décision que ces polémiques de bas étage auront contribué à rendre plus difficile.
Tout cela n'est que le spectacle, tristement banal, d'une caste politique prête à brandir des arguments et à se jeter dans des polémiques d'autant plus vigoureuses qu'elles sont plus factices, et dont il serait vain d'attendre qu'elle éclaire un tant soit peu ce qui est véritablement en discussion.
http://www.union-communiste.org/?FR-archp-show-2005-1-576-3241-x.html

S'il est clair qu'il faut soutenir ceux et celles qui, en Turquie, s'interrogent courageusement sur cette page sombre de l'histoire turque, l'hypocrisie de ces politiciens français saute aux yeux ! L'impression que j'en ai c'est que le but principal de ce texte est de trouver des arguments pour éviter l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne.

Nous sommes bien sûr solidaires des ouvriers turcs qui luttent contre leur propre bourgeoisie, leur propre appareil d'Etat, solidaire des femmes de Turquie qui luttent contre l'oppression machiste, solidaire des luttes en Turquie pour l'obtention des droits démocratiques (comme celui d'écrire une histoire critique du pays, de faire des recherches sur le génocide arménien ou les droits de la minorité kurde), mais cette solidarité là est aux antipodes des campagnes réactionnaires contre l'adhésion de la Turquie à l'UE.

Il semble qu'une bonne partie de la population de Turquie, en particulier les classes populaires, espère que cette adhésion améliorera leur vie quotidienne. Ce sont bien sûr, en partie, des illusions (on peut par exemple imaginer une adhésion de la Turquie qui permette la libre circulation des marchandises mais pas des êtres humains). Mais si la majorité de la population turque veut rejoindre l'UE, nous n'avons aucune raison de nous y opposer, mais plutôt de dire à nos soeurs et frères de classe de ce pays : soyez les bienvenus et ensemble battons-nous des deux côtés du Bosphore pour un monde meilleur, sans exploitation, sans misère et... sans frontières !

_________________
The basis of socialism is the human being.
Socialism is the movement to restore human being's conscious will.

Mansoor Hekmat
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